A.R.C.en Ciel


CLAUDIE BOUCAU : Flûtes, harmonica, appeaux
RICHARD HERY : Batterie, percus, clarinette basse, Don Quichotte
ALAIN BLESING : Guitare, électroniques


Rhizome : multi-racine qui alimente en énergie une plante, et va à la rencontre d’autres racines, sans distinction ni hiérarchie ; selon Deleuze et Guattari : c’est une conception plurielle composite. Ici, ce sont les  points d’intersection de 3 trajectoires en ligne de fuite qui se croisent, se recoupent, se répondent, s’unissent sans jamais perdre leur individualité.
A(lain)-R(ichard)-C(laudie) – en – ciel : un phénomène naturel, présent mais insaisissable, perceptible dans des conditions particulières, éphémère comme la Beauté, et vivifiant !
Claudie et Alain se fréquentent (musicalement) depuis 2014. Multiples tournées pour des instruments hautement complémentaires et combinatoires . Ils décident de faire appel à Richard pour ce projet, et passent 2 ans à répéter dans le studio du multi-instrumentiste à la curiosité insatiable. C’est un créateur d’espace, perfectionniste à la précision redoutable. Rien ne lui échappe, il diffuse ses couleurs avec bon aloi et parcimonie (il invente le Don Quichotte qui est composé d’un bois, une corde et un pavillon de métal). Claudie, loin de cantonner ses flûtes à quelque style défini, est une chercheuse, une bosseuse ! Gros travail sur le son, où elle rejoint l’obsession de Alain, pour une nécessité d’épuration délaissant tout effet de virtuosité (choix audacieux réservé à ceux qui l’ont largement acquise et dépassée). Quant à Alain, nous l’avons déjà largement évoqué à l’occasion de ses nombreuses collaborations avec le batteur Bruno Tocanne. Grande joie de retrouver ici sa discrétion énergique, son discours généreux dénudé de tout bavardage péremptoire et superfétatoire.
Musique fort bien illustrée par le dessin de la jaquette : des lignes de couleurs pastels avec un graphime noir sur le côté, genre tracé au pinceau, style Haiku. Illustration de la douceur, de la quiétude des morceaux emplis de poésie et de spiritualité contenue mais à fleur de note. Chansons (les mélodies distinctes et repérables méritent cette qualification) en forme de folklore d’un pays inconnu (et à découvrir), plutôt européen mais pas que… Relation évidente au jazz par de beaux chorus parfaitement construits. Registre confirmé par la dédicace du 2nd titre : « For Bill » Frisel bien sûr ! Au milieu du disque, une surprise : nos musiciens paisibles se lâchent en mode improvisation collective sur un thème très contemporain permettant de belles envolées libres, mais paisibles, réclamant un regain d’attention de l’auditeur surpris. Suit un air méditatif, entre futur (imprévisible) et tradition (orientale), introspectif et ravissant. Aussi : une version épurée qui ajoute à la mélancolie originale de « colchique dans les prés », et renforce par un son médiévalesque de la flûte, avec une guitare jouant sur l’écho et l’omniprésence des fûts fous, l’esprit nostalgique et mystérieux de cette comptine où les fleurs sont caressées et couchées par le vent sous un ciel sombre, chargé de craintes des pluies à venir…
Un disque à écouter en retour de plage, seul ou alors bien accompagné d’amateurs attentifs. Chaise longue, long drink et un grand ouf de soulagement de sortir du flot quotidien de bruits et de gestes inutiles. Juste du bonheur ! Un très beau disque ! 

Chez : IMR
Par : Alain Fleche

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