Theory of Everything

[COUP DE CŒUR] Si vous aimez les belles histoires, et le fil captivant de mystérieuses légendes, il se pourrait bien que celles que vous conte Shijin ravissent votre curiosité. Ce nom déjà, connu en Asie pour évoquer les « gardiens des quatre orients » (merci wiki !). Quatre musiciens, qui protègent chacun les points cardinaux de la création musicale ? Chiche ! Après un premier album paru en 2018, qui avait joui d’un bel accueil, ce nouveau disque est son digne héritier, ouvrant en grand la liberté de fuir vers les horizons les plus attirants de l’expérimentation.

Une étonnante pochette « futuro-vintage » (Signée Peurduloup), nous introduit dans un film trépidant, défilant à un tempo grisant, car dépaysant,  façon « Brazil », ou même « Retour vers le futur »,où l’alliance ancien/moderne est jubilatoire. Tout a été préparé, ciselé, monté, avec une précision de réalisateur orfèvre, et une imagination d’inventeur fou. Des écritures  ouvertes, nous dit-on, en duo de musiciens tout d’abord, alimentées ensuite des enrichissements des deux autres, avant que d’assembler le tout, comme les scènes d’un film, puis de passer à la captation finale. Magie d’une production qui ne laisse rien entrevoir de ses secrets, et déploie comme par prestidigi(agi)tation un vaste écran sonore,  où sont projetées d’étonnantes noces païennes, unissant dans le plus grand naturel,  rigueur acoustique et insolence électrique, en des élans libertaires qui bouillonnent.

La force de cet album, composé de huit pièces, repose sur l’énergie et la créativité intactes des trois complices déjà présents sur le premier disque, à savoir Laurent David (basse électrique, composition production), Stéphane Galland (batterie, composition) et Malcolm Braff (piano, Rhodes, CP-70, composition), auxquels s’associe Stéphane Guillaume (saxophones ténor et soprano, flûtes, clarinette basse, composition), lequel succède à Jacques Schwarz-Bart. La force de ce quartet, formé de pointures internationales aux collaborations multiples, ce sont d’abord les courants telluriques intenses qui alimentent une rythmique de tout premier plan. En effet, servies par un son clair et pêchu, les interactions foisonnantes, entre basse, batterie et claviers, véhiculent une sorte de flow new-jazz-fusion-groove imparable. Mais ce serait sans compter sur le souffle lumineux d’un Stéphane Guillaume très à son aise, et sur la poésie de son chant d’oiseau d’altitude qui, du haut de canopées ensoleillées, titille comme un catalyseur les phrases singulièrement musclées de ses camarades, puis se lie naturellement à l’alchimie collective, où beauté, urgence et gravité mènent un bal effréné.

Le film démarre par une légende avec « Mystery of a white dwarf », lequel dwarf porte, Ô surprise, la même barbe blanche que Malcolm Braff, qui excelle au Rhodes et a probablement signé ce thème saisissant. Suivent le très beau « Unexpected discovery », le complexe et attachant « Golden Age » où electro-bulles, grondement abyssaux de basse et mélancolie romantique cohabitent à merveille. Avant d’être assaillis par « Separating circle » et sa très flashy intro de batterie, on nous a proposé « Implosion » et « Time travel », deux singles certes fort bien choisis, mais auxquels on aurait volontiers rajouté les décoiffants « You are here » et « Curved Wrinkles » qui clôt l’album. Au final, mené par des musiciens époustouflants, « Theory of Everything » est un disque d’impacts ébouriffant, plein à ras bord de trouvailles, d’accords imprévus, de chorus, de clins d’œil au passé, au futur, mais aussi de crocs-en-jambe auditifs. D’une énergie furieuse, mais maitrisée, quoique la bride semble bien souvent lâchée, ce qu’il nous tarde de voir en concert, il laisse au naturel sa magie. Et pour rester dans le concept initial, disons que les quatre complices, gardiens de la rose des vents vifs, valident là une théorie du tout en un, la fusion de quatre (super)forces en une seule. Nul doute qu’au bout du compte, avec Shijin, « Tout est dans tout, et réciproquement », comme disait le génial Pierre Dac, bien plus philosophe que simple humoriste!

Par Dom Imonk

Music Box Publishing

www.alter-nativ.fr

Enregistré au Studio le Bras d’Or, Boulogne s/Mer

Mixage : Antoine Delecroix

Mastering : Fred Kevorkian , Brooklyn, NY

Artwork & photographies : Peurduloup 

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