La Chapelle des Ursulines – Saint-Macaire – 19h – 24-11-2022

Patrick Deletrez – Les Imachinasons
Patrick Letévé, soprano sax, sopranino, hautbois
Antonino Noté, soprano sax, clarinette et clarinette basse

L’articulé et le désarticulé se conjuguent pour égrainer un tempo incertain où une douce clarinette se fraye un chemin, une autre lui emboîte le pas, lentement. Le piano distribue son invention aux objets, chaque touche met en vie un instrument à la mécanique obsédante, y frétillent puis bruissent les deux musiciens : est-ce le Jardin des délices ?La chapelle revisitée renvoie un écho un tantinet mystique.

C’est une féérie mystérieuse qui nous invite dans son monde. Les multiples horloges détournent le temps de l’habitude, les lumières clignotantes font de même, hystérisant les clarinettes consentantes. Le tempo se subdivise et s’effiloche aussi, les mécaniques torturées rendent leur âme.C’est un jeu mi-diabolique, mi-enfantin qui se déroule sous nos yeux d’adultes ébahis, déstabilisés, retrouvant le merveilleux d’une drôle d’enfance, le souvenir du lointain chatouillant nos oreilles, la création aux mille inventions à l’affût des sensations, des perceptions.

L’adulte et les sortilèges ravivant le passé, curieux de réveiller de l’oubli l’émerveillement.Myriade de petits points lumineux comme autant d’étoiles en espoir de constellation, projection en ombres chinoises des fines sculptures de Patrick Deletrez aux dentelles de métal, prolifération d’images de kaléidoscope que l’on a oublié de regarder, c’est un autre temps qui marque les heures de l’artiste, sa capacité à restituer les objets sonorisés en les détournant. Patrick Letévé et Antonino Noté cliquettent et virevoltent au milieu de cette scène, enrobant ou accompagnant les objets animés par Patrick. Il y va de l’enchantement. Une boule soudainement éclairée devient un Gamelan à elle seule…Les deux sopranos sax se sont trouvés en duo, et quand l’un part pour le souffle du vent dans les déserts, l’autre démantèle une clarinette pour en extraire des sons farfelus. Fantaisie bienheureuse qui nous libère parfois, de multiples clochettes offrant leur son si un ressort caoutchouteux vient à rythme régulier les interpeller.

Oui, vous êtes ailleurs, là, au fond de vous, dans ce petit morceau de mémoire qui se laisse frétiller. Proustien.

Par Anne Maurellet, photos ©Steph Ane

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