Habia / Margaux Oswald / Baraque à free
Vendredi 10 juillet – 18h00 – Village de vacances Cévéo

HABIA
Elena Haira : alto
Amaia Hiriart : violoncelle
Maia Iribane : violon
Christophe Hiriart : direction artistique
Leurs regards sont leur première complicité, les doigts soulèvent lentement les cordes des violons et du violoncelle pour accompagner la voix minérale d’ Amaia Hiriart. La symbiose des trois voix emmène le public vers son animalité, Animalia naiz eta.
Amaia envoie sa voix dans des contrées lointaines ou bien des états méditatifs prolongés par des petits bols façon tibétains. Tout est allongement, sorte de prière païenne, des échos que connaissent bien les montagnes. Comme dans leur gestuelle avec les bols, les sons semblent former une douce spirale pourtant accentuée. Les voix tracent de profonds sillages dans les airs. Emotion garantie. Quelles cordes cela touche en nous ?… Emazteen fabore. C’est ici un plaidoyer pour la condition des femmes -déjà au 16e siècle- contre la domination masculine… Sans commentaire. Les instruments scandent la doléance.
Des petites gouttes de pluie bercent un morceau avec une délicate tempête en vue.
Quand les voix s’élancent, leur puissance nous atteint, les instruments prennent le relais, le violon alto d’ Elena Haira se libère, nervosité ou colère, virulence pour le moins.
Les voix aux tessitures différentes correspondent chacune à une expression, une personnalité, une revendication aussi à affirmer comme leurs instruments.
C’est une jeune génération qui recueille la tradition des chants basques, de la Soule plus précisément, enrichie par leurs instruments à cordes qui impulsent un souffle frais, régénérant, accompagnée par le directeur artistique Kristof Hiriart.
Ce sont des confidences, des secrets livrés au public, un partage ou une conversation ininterrompue, les instruments parfois juste prétexte à percussion.
Les danses traditionnelles prennent des couleurs rougeoyantes, feux du plaisir des rythmes cadencés, les instrument festoient.
Les trois musiciennes ne cherchent pas la facilité, bien au contraire !
Au bout des doigts du trio, deux oiseaux comparent leur situation, l’un dans une cage dorée, l’autre libre, Txorinoa Kaiolan. Les récits ou les contes sont teintés de revendications, de questionnement sur les choix existentiels, sur le rapport et l’attention au vivant, c’est pourquoi s’en dégagent une belle gravité, une intensité de vie, l’origine de la langue basque que le trio restitue admirablement.
Les douze cordes bruissent puis les archets strient les morceaux, la voix d’Amaia s’élève paisiblement, celle de Maia Iribarne suit, comme un soleil doré qui s’épuise doucement le long des crêtes, Urre Handia. On voit le paysage changer d’aspect, cycles de la vie, poème.
Reste l’harmonie, celle du trio, trois musiciennes traductrices de la beauté du monde à préserver.
Evidemment ! c’est l’inauguration du festival de Jazz à Luz au village de vacances Cévéo, et ses trente-années d’engagement, d’ouverture, de curiosité, ça commence toujours ainsi, des talents qui nous attrapent le cœur, les tripes et la tête et ne nous lâchent plus…

Vendredi 10 juillet – 21h30 – Chapiteau
MARGAUX OSWALD SOLO
Margaux Oswald : piano
I-
Quelques accords menus et leurs dérapages infimes, déjà une atmosphère singulière, des aigus ponctuels pour l’élévation, un avant-bras écrasant les touches, la création sort des eaux sombres et puis, un cliquetis sonore, répétitif, entêté, des aigus en révolte. La main droite de Margaux Oswald zèbre les cordes, la gauche « prépare les notes », des chevaux lointains tapent du sabot.
L’insolite est en nous. Accords aux extrémités plaqués alternent avec des trémolos entêtants, pas de stabilité en vue, de l’inquiétant, de l’étrange, des obsessions, un enfoncement puissant, la sonorité du piano de plus en plus appuyée, que la permanence ne soit qu’une instabilité de plus…, que cette répétition se transforme en nuées plus ou moins menaçantes, que les notes en tressaillent. Les mains frappent, accélèrent, ralentissent, écrasent, peut-être sont-ce des grondements, le piano résonne, se transforme en écho, les sons se chevauchent alors. Quand des notes tressautent, rebondissent, les accords s’effondrent, et soudain, les bras de Margaux forment des figures au-dessus du clavier, swing arraché, des doigts qui courent frénétiques, du centre vers les bords, une architecture désignée anarchique, folie de la précipitation, myriades d’insectes volants en tous sens, ou un fourmillement humain, vain ? Des spasmes musicaux. Le clavier roule, décline, glisse, les accords deviennent des marches infinies, une emphase, une épopée, des éclairs qui se superposent, envahissent le ciel, n’empêchant pas des îlots de sérénité, ponctuels, fugitifs.
On dirait que Margaux Oswald est à l’affût des tremblements, de ce qu’ils lui évoquent, ce qu’elle joue, comme des pulsions savamment orchestrées, mais qui laissent toujours naître en premier l’incongru, et partent l’explorer jusqu’à ses épuisements pour relancer ce vortex. Une énergie organique naît, se développe, grossit, s’adoucit, disparaît et redémarre. On croit entendre (et voir) une mécanique qui se dérègle, s’emballe, s’étouffe, s’apaise, se met en recherche d’une porte inconnue à ouvrir pour un autre univers insolite, à l’instant, des cordes en gouttes métalliques et soudain quelques accords dans des espaces désertiques.
II-
Ce pourrait être un conte maléfique, un envoûtement, ce qu’il faut, c’est que le système s’enraye, on attrape folie, une douce hystérie, les notes deviennent aquatiques, cascades délicates, une extrême mobilité à l’intense délicatesse. Quand les accords affleurent le clavier, ils deviennent des vaguelettes dont l’écume s’évapore sous nos yeux…
Epoustouflant !

Vendredi 10 juillet – 23h30 – Chapiteau
ORCHESTRE BARAQUE A FREE – Burning Time
Sam Brault : voix, synthétiseurs
Antoine Ferris : basse électrique
Mario·n Josserand : guitare électrique
Valentin Lafon : guitare électrique
Mathilde Lavignac : synthétiseur, voix
Florian Muller : sampler
Sylvain Rey : synthétiseur
Simon Riou : saxophone alto et baryton
Ludovic Schmidt : trompette, mellophone, microphonie
Arnaud Sontag : batterie, synthétiseur, autotune
Vaisseau spatial en vue et seul maître à bord pour l’instant, le batteur qui gratte sa cymbale par intermittence. Les guitares envoient des signaux morse, sinon ils sont onze dans le noir tout d’abord. L’électro jette quelques sons grésillards : fréquences perturbées, hertz en perdition. Arrêt.
Après y’a plus qu’à laisser la transe s’installer, deux voix se dégagent en douceur des pulsions qui ne cesseront du début à la fin, chaque instrument tressaute, sax, trompette, synthé, guitare, basse, pop, techno… C’est un envoûtement consenti, vécu par les musiciens eux-mêmes et proposé au public, et d’ailleurs la jeunesse qui ne s’y est pas trompée danse !
Par Anne Maurellet, photos Alain Pelletier (alias tamkka)
Galerie photos
































