un Venezuela imaginaire

JEAN-PAUL AUTIN : Saxophones, Saxone / OLIVIER BOST : Trombone / GUILLAUME GRENARD : Trompette, bugle, Laptop, Basse, Euphonium / YUKO OSHIMA : Batterie, percus / EMMANUELLE SABY : Clarinettes, Chant, Cuatro, Kénarinette

« BULULù » : Brouhaha, vacarme de la rue, de la ville, tumulte, rumeur du fleuve dont les rives abritent les peuples amérindiens qui travaillent, souffrent, exploités dans les plantations locales. Ici, Bululù se situe entre les musiques populaires vénézuéliennes et les chants de travail, métissage des cultures précolombiennes, arabo-andalouses, afro-caribéennes ; mélange du quotidien et de l’extraordinaire, du social et du sacré. Une sorte de Blues latino ! 
Emmanuelle a sillonné le terrain, exploré la culture, s’est immergé dans la musique multiple, à l’aide de son Cuatro (espèce de très, mais à 4 cordes, très local) et de sa pugnacité à comprendre cette culture. De retour de ce périple, elle a pioché parmi les talentueux musiciens de l’ARFI, ajouté une batteuse japonaise (qui vit en France) pour interpréter quelques chants traditionnels réécrits et arrangés pour l’occasion.
Résumons nous : une musique latino matinée caraibéenne, des musiciens européens plutôt jazz improvisé, des outils modernes pour traduire des sons anciens… Solution : tout oublier pour que ne reste le sens, évoqué par des bribes de mélodies que l’on voudrait chantonner, des rythmes qui font danser, mais à cloche pied, des mots presque familiers de par le sentiment qui s’échappe du coeur et de la voix d’Emmanuelle, en ajoutant l’énergie et le talent bien connu de ces merveilleux artistes sans frontière qui font leurs les gestes et la respiration d’origine, pour mieux y exposer leurs propres visions de ce monde exotique.
Ne vous fiez pas aux étiquettes, ce n’est pas de la « world-music », juste une libre interprétation d’une tradition bientôt perdue. Pas dévoyée pour autant, mais magnifiée, vivifiée, et réactualisée à chaque écoute. La matière sonore originale est riche et dense, des moments de souffle et de silence l’aère. On pense parfois au disque d’E.Dolphy : « Music matador » et la liberté prise sur des thèmes espagnolisants, ou des ritournelles reprises par A. Ayler qui les triture, les démonte pour présenter une autre facette insoupçonnée de la chanson enfantine. De même ici : un rythme qui donne envie de battre du pied, et puis, on s’emmêle vite les crayons (oui, comme chez S. Coleman aussi), les lignes écrites s’estompent sous un coup de vent, des battements désarticulés, une voix décalée… on se retrouve en pleine impro libre… qui, peu à peu prend sens, s’organise, se cale, les pieds s’agitent à nouveau… et puis non, les couleurs ont évoluées, les tons se brouillent, les brons se touillent, les trons se bouillent, et on s’embrouille… 
Mélange de sérieux et de futile, de sens et de vents, de rires et de peines… « Le propos de Bululù est d’explorer avec amusement, curiosité, émerveillement et provocation l’espace qui se tient à l’intersection de deux mondes musicaux… »
Pour les amateurs de surprises, de sons intelligents, de bonheur inattendu : Totale réussite. 

Chez : l’autre distribution
Alain Fleche

%d blogueurs aiment cette page :