Festival Sons d’été au Rocher de Palmer – Mardi 13 juillet 2021

A l’époque où l’on pense généralement étaler sa serviette sur le sable et profiter des rayons de soleil, Patrick Duval, l’audacieux patron du Rocher de Palmer fait le pari de retenir sur la métropole les amoureux de la musique live. Pari réussi, un brin aidé par une météo capricieuse, et qui voit chaque soir depuis le 12 juillet défiler de grands artistes. Ce nouveau festival fait une belle place au jazz (Paolo Fresu, Michel Portal, Eric Seva…) mais pas seulement ; Yseult, Bachar Ma Khalifé, David Walters et Ballaké Sissoko se produiront d’ici le 19 juillet.

A l’affiche du mardi 13 juiIlet, un musicien qui a imposé son style dans le paysage musical au-delà du jazz, le trompettiste Erik Truffaz, qui vient de sortir l’album « Lune rouge ». 

Le public venu en nombre applaudir l’artiste maintes fois venu à Cenon et sur la métropole Bordelaise ne s’attendait peut-être pas à être cueilli et transporté par le trio aquitain Atrisma programmé en première partie. Les fidèles d’Action Jazz auront certainement déjà lu ou entendu quelque chose à son propos, et pour cause. Atrisma est l’un des lauréats du tremplin Action Jazz 2015.

Le format singulier d’Atrisma (Vincent Vilnet, piano et claviers, Hugo Raducanu, batterie et Johary Rakotondramasy, guitare) offre des compositions où se mêlent sonorités urbaines subtilement électrifiées, tantôt entêtantes, tantôt planantes aux accents jazz et électro, sur une solide base de piano classique. 

En résidence au Rocher de Palmer, Atrisma nous propose de déguster quelques échantillons de son nouveau millésime, judicieusement mêlés aux compostions plus anciennes.

Go to Shangai et Chrone (album Chrone) débute le set. Le travail de chaque musicien est remarquable : la précision et la vélocité du piano se combinent au jeu fin du batteur et à justesse rythmique de la guitare. Dès les premières notes, le son propre, la mise en place parfaite et la complicité du trio posent une musique dont l’ambiance est l’atout premier. Coquelicot et Eclosif, deux nouvelles compositions présentées en exclusivité évoquent les grands noms du jazz nouvelle génération comme Grandbrother, Anomalie, Rob Araujo ou encore Ludovico Einaudi. Souhaitons à Atrisma, la même carrière ! Le set se termine par Sable et 1000 papillons ; Sable résonne de saveurs orientales que l’on pourrait attribuer à la pianiste Aziza Mustafa Zadeh. S’envolant de la scène avec 1000 papillons, un titre à la rythmique complexe, Atrisma aura séduit l’auditoire, par la fraicheur de de son propos, très tendance sans jamais imiter et suffisamment singulier pour prédire à ce trio un brillant avenir.

Changement de plateau, mais pas vraiment de style. On ne présente plus Erik Truffaz grand trompettiste à tous les sens du terme qui a toujours navigué aux frontières de la pop instrumentale, du jazz, de la world music et de la musique électronique. Avec son dernier opus studio, Lune Rouge il s’aventure dans de nouveaux territoires sonores où se croisent mélodies et groove. 

Prenant la parole après le second morceau, Erik avoue avoir découvert et vraiment apprécié Atrisma ; un beau compliment de ce maître, généralement peu disert.

Son équipe est composée de Christophe Chambet à la basse, Benoît Corboz aux claviers et Tao Ehrlich (qui remplace Arthur Hnatek) à la batterie. Au fil des huit titres interprétés, le quartet propose un voyage musical plutôt lyrique dans lequel l’oreille oscille entre ambiances hallucinatoires et rêveries plus mélancoliques. Toujours à l’avant-garde de l’expérimentation musicale depuis les années 90, Truffaz mêle allègrement drum and bass, hip-hop, ambiant et jazz… un cocktail musical parfaitement maîtrisé qui laisse aussi la place aux envolées jubilatoires à l’occasion de chaque chorus.

Ce quartet fait la part belle aux sons analogiques d’un combo synthétiseur et launch pad et au Fender Rhodes passablement saturé que Benoît Corboz pilote avec aisance et vélocité. Les sons reviennent des 80’s, les arpegiateurs aussi, les nappes profondes s’entrelacent aux phrases soufflées par Erik Truffaz qui utilise un peu moins d’effets qu’à l’accoutumée.

Le gros travail de Tao Ehrlich à la batterie est impressionnant de précision et de modernité ; sur le dernier rappel (Algol, extrait de Lune Rouge), on pourrait croire le son extrait d’une boite à rythme, en bien mieux !

Le voyage au pays du jazz d’ambiances s’achève. Les notes soufflées ou frappées résonnent encore dans la salle 650 qui se vide peu à peu. A la sortie, le groupe Atrisma attend les spectateurs pour une séance de dédicaces et de rencontres, l’occasion de « refaire le match » à chaud… avant d’affronter la fraîcheur de ce 13 juillet plutôt hivernal.

Par Vince, photos David Bert

Set List Erik Truffaz :

  • E.T. 2
  • El tiempo de la revolution
  • Cycle by
  • Les gens du voyage
  • Lost in Bogota
  • The dawn
  • Szerelem
  • Lune rouge

Rappels
Houlgate
Algol