Jeannette Lambert  – The promise of chaos

Jeannette Lambert : Voix, Poésies, Production
Michel Lambert : Batterie, percussions, Production
Van Garden (Jerôme Lambert) : Séquençage
Théo Lambert : Graphisme

Des nouvelles de nos amis de Montréal !  Une histoire de famille : Janette s’entoure de son Michel de mari et de leurs enfants, puisant dans son passé, parfois intime, pour concocter une œuvre originale, ancrée dans un présent mouvant emplit de souvenirs et de modernité, orienté vers le futur.

Souvenirs d’échanges entre (grands) musiciens toujours vivaces.

Poésies qui s’apparentent à un commentaire historique de pensées spontanées.

Michel et Jeannette ont composé cet album à partir d’une foultitude d’instruments, de bouts de concerts de musique improvisée, d’outils numériques, assemblés façon collage, célébrant l’élan créatif musical et art plastique, telle la sculpture que Michel a réalisée avec des canettes recyclées à Amsterdam, dont il joue dans ce disque. En tant que plasticien, outre ses aquarelles et collages-partitions, on se souvient du fabuleux instrument à vent qu’il inventa et utilisa régulièrement : le Maïkotron.

En tendant l’oreille attentivement, on entend, parmi ses dernières notes enregistrées, Barre Phillips dans sa chapelle du Var, des extraits d’un concert des Lambert à Paris avec Jean-Jacques Avenel et Bobby Few (2007), des échos de chants chamaniques par Cecil Taylor accompagné de Jeannette dans les Rocheuses, Michel jouant de sculptures métalliques en Italie ou des tablas résonnant sur le flanc de montagnes enneigées…

Avec des textes chargés de Griefs et d’inquiétudes bien actuels dans l’espoir que leurs verbalisations apporteront conscience et désir de changement positif… au moins à ses auditeurs.

Toujours en famille, le disque commence sur la voix de la maman néerlandaise de Jeannette qui disait autrefois : « Les gens meurent mais les idées restent éternelles. », c’est dans cet esprit que revivent des collaborations musicales qui transcendent le temps et l’espace.

Une voix d’enfant ? Jeannette chantonne. La sculpture de canette s’agite, un riff de basse obsédant, et des paroles lapidaires alors que « Personne ne force un enfant à rester dans les bras de sa mère… sur un pont… un dimanche… à Chicago… ». Mots arrachés aux flots de pensées, phases de rêves sombres, poésies qui s’effilochent en fumée grise et odorante. « Combien de temps tiendrons nous ? … Une nouvelle forme de guerre. Restrictions et Cyber attaques… Pluie acide et petits poissons… ».

La voix de Jeannette, pourtant toujours évanescente se fait plus tranchante, désenchantée, chargée d’émotions diffuses comme après un ‘trip’ psychédélique qui ne se serait pas si bien passé…

Sur le titre éponyme à l’album, encore un constat d’impuissance envers ce que l’on nous fait subir, alors que la neige ‘sucre brun’ envahit les trottoirs. Comment arrêter ce qui vient ?  Vous ne voyez vraiment pas ? Le voulez-vous seulement ? Des sons qui flottent dans le néant encombré de filaments étranges, une basse qui rampe sur la terre plus très ferme, des bruissements et claquements de percussions improbables et éphémères…

Blues pour l’océan, ‘Ocean Anthem’. La batterie tonne, bruits de fond sous-marin, fulgurance d’instruments à vents, la mer déborde d’amertume. Le poisson se meurt, l’oiseau disparaît, règne du plastique. Vague après vague, le dauphin se tait et ne joue plus dans l’eau salie. Et trop chaude, Tant pis. Les trains vont de plus en plus vite…

‘Crackling’. Ça craque de toutes parts, les arbres, les os, les pensées qui essoufflent, s’étouffent et se craquellent. Des décisions hors la loi imposées, corruption, crimes organisés, qui s’en soucie ? Assis sur un banc, en pleur, dans l’air poussiéreux… Musique mystérieuse à coups d’archet, de frappes sèches, d’échos de voix, spirales immobiles et perspectives en profondeurs se perdant dans le chaos originel et final.

Et qu’en est-t-il des enfants ? ‘Song for a newborn’. Pluie de piano, que fait résonner la contrebasse, poussée par la batterie interrogative… « Maman prend moi dans tes bras, laisse tomber l’ordinateur, le téléphone et la neige, maman j’ai soif et faim… »

‘Languages lost’. Les mots se mélangent et se perdent, comment exprimer les idées, comment traduire la musique, comment se reconnaître ? Un regard suffit !?

Algorithmes, camera amateur, mouvement du corps, des mains, comment se protéger ? ‘Your attention is being monetized’. On ne possède plus rien. Vies à vendre ! Des coups de baguettes sur le cadre d’une fenêtre.

‘False violet’. Quelle sorte d’été avons-nous ???

Voix trafiquée, des sons traversent l’écran, ‘Cancel him’, ça fait des décennies qu’on vous le dit bandes d’idiots, pourquoi vous ne vous en débarrassez pas, de votre misogynie, de vos notes biographiques, de vos faux amis, de vos pilules, de vos clubs de merde… Beat rap trash clash

Elle ne rigole pas la Dame. C’est un cri, une clameur, faut plus attendre, c’est l’heure d’entendre…

Elle hurle d’une voix douce et sensible comme d’un enfant qu’il faut maintenant prendre au sérieux.

Plus le temps de se taire.

Souvenir et retour sur sa rencontre avec Michel, années ‘80, ils forment un duo punk free jazz qui déborde de la musque industrielle, ‘Black Fungus’, une musique en constante évolution. La situation au Canada commande aujourd’hui une expression d’urgence et engagée.

Il ne suffit plus aux artistes de faire du beau, il faut dire le vrai ! En voilà !!!

Chez : Jazzfromrant

Par Alain Fleche

https://jeannettelambert.bandcamp.com/album/the-promise-of-chaos