Christophe Marguet – Island

Régis Huby – violon ténor, électro-acoustique
Manu Codjia – guitare électrique
Hélène Labarrière – contrebasse
Christophe Marguet – batterie, compositions
[ÉVÈNEMENT] La nouvelle aventure que nous propose Christophe Marguet c’est la découverte de l’île « Moyenne » aux Seychelles, sur les traces du journaliste anglais Brendon Grimshaw, qui en fît l’acquisition, alors inhabitée, en 1962. Il s’y installa dix ans après pour y vivre près de quarante années. Lui et le seychellois René Lafortin y développèrent la flore, la faune et les sentiers de l’île, afin d’en faire un véritable havre de paix, devenu un Parc National en 2008. Plus qu’une terre promise à la biodiversité, c’est devenu une réalité humaniste, la preuve d’un possible acte d’amour pour la Planète, que nous aimerions voir multiplié à l’infini !
Christophe Marguet a été très touché par l’histoire de Brendon Grimshaw, et « Island » témoigne une nouvelle fois de son engagement pour les nobles causes, que l’on retrouve souvent dans ses collaborations et projets, comme par exemple sur le remarquable « Célébration » (2025), avec Sébastien Texier, Manu Codja et François Thuillier ou encore sur « Echoes of Time », premier album de la présente formation, paru l’année précédente, un véritable coup de cœur, salué à juste titre par la critique.
Entouré de ses admirables complices, Christophe Marguet a tenté d’écrire à sa façon l’histoire de quelques journées particulières du journaliste, vécues sur ces terres vierges de toutes influences néfastes, et promises à un devenir à l’essentielle harmonie.
Voici une petite promenade, morceau par morceau.
L’album s’ouvre par le majestueux titre éponyme. Un bateau imaginaire s’approche d’une île mystérieuse qui peu à peu émerge des flots et se dessine sur l’écran bleuté de l’horizon, ce que figure d’ailleurs la superbe photo de pochette de Jean-Francis Martin. Une impression d’immensité jaillit de toutes parts, la force de cette musique nous envahissant de son chant collectif, déclenchant ainsi la surprise, l’émotion, à la découverte de l’inconnu. Qui resterait de marbre à la vision d’un nouveau morceau de terre, perdu dans l’infini, ignoré de tous jusqu’alors ?! La guitare réveille ses instincts rock, la troupe l’entoure d’un dynamisme possédé, impression de folle densité, des propulsions sonores fusent, cordes frottées, tirées à l’envi, tambours et cymbales illuminées innervant le pouls du temps. Bref, ne nous asseyons surtout pas, restons debout, nous verrons encore mieux la suite !
Nous retrouverons de cette réjouissante intensité dans quelques autres pièces. « Daily work » par exemple, que de mystérieuses strates ombrageuses ouvrent, avant que ne surgisse une saisissante échappée chargée de grondements électriques et piquée de détails percussifs speedés, peignant ainsi une fresque étonnante et sublimée de l’ardeur du travail journalier d’un défricheur. Mêmes sensations à la découverte de « Derek » dont la progression rythmique est poignante, avec en prime un superbe chorus de guitare qui traverse l’espace, comme il le fera aussi sur l’époustouflant « Liberté » où le quartet est en ébullition et joue là un véritable hymne dédié à cette fée vitale, si souvent mise à mal !
Mais, tels des contre-pouvoirs émotionnels, il y a aussi des espaces de douceur et de sérénité dans cet album, notamment quand il s’agit d’animaux. Ainsi, nous devinons que Brendon Grimshaw a souvent dû observer « Les dauphins » passant au large, magnifiques créatures porteuses de paix, à la beauté servie ici à merveille par les émouvantes parties de violon et de guitare, alors que les cœurs enamourés de la contrebasse et des percussions en palpitent d’une joie radieuse. Les oiseaux sont légion sur l’île et « Free birds » vient à point nommé leur rendre hommage. L’allure de ce thème est plus frivole (sans jeu de mot !), à la fois délicate et d’une texture libérée, la musique capte à vif leurs chants, et les images de leurs évolutions improvisées, de pauses bavardes sur les branches des milliers d’arbres de l’île, en gracieux arcs de cercle d’altitude, comme des pieds de nez au firmament.
Et puis il y a l’homme seul, face à la beauté de la nature, une méditation solitaire où l’on est d’abord captivé par une « Nuit céleste », étoilée des sons lumineux du violon, sur une danse aux pas électrifiés. Le violon encore, qui mène l’équipée sur le « Chemin de lune », en un chatoiement mélancolique et amoureux. Les cordes poursuivent ces instants un peu tristes sur le court mais intense « Solitude », occasion pour la contrebasse de nous offrir un superbe chorus. Même feeling enfin sur la touchante balade « Sable blanc », le quartet est de nouveau réuni, et la guitare lyrique nous enchante d’un dernier solo.
En seulement deux albums, Christophe Marguet a su catalyser une alchimie de groupe, où sont entremêlées diverses influences parmi lesquelles rock, jazz et fusion figurent en belle place. Une union mouvante militante qui sert naturellement les compositions, grâce à une adhésion instantanée, à la détermination inarrêtable. Quatre artistes d’exception à l’unisson, en état de grâce permanent, en particulier sur « Wild life » qui clôt ce disque éblouissant, dans une profusion de sons, dont ceux de la batterie explosive, qui donne à la « vie sauvage » ses lettres de noblesse.
Enfin, pour finir sur une note facile, à la question « Quel disque emporteriez-vous sur une île déserte ? », nous répondons aujourd’hui sans aucune hésitation « Island » !
Par Dom Imonk
Mélodie en Sous-Sol/L’Autre Distribution
https://www.facebook.com/christophe.marguet.3
https://christophemarguet.com/
Lien à la chronique de « Echoes of time » (2024) :
https://lagazettebleuedactionjazz.fr/christophe-marguet-quartet/
















