Jazz en Balade à Blasimon, 18 avril 2026

Jazz en Balade, le festival itinérant proposé par l’association Bande Originale faisait étape à Blasimon ce 18 avril 2026 avec en invité le Pirate Quartet : un hommage au duo John Scofield et Joe Lovano.

Ces rendez-vous tout au long de l’année dans les communes de l’entre-deux mers sont l’occasion de faire vivre la culture en région en proposant des soirées-concerts de qualité accessibles à tous, dans une ambiance toujours très conviviale, avec une offre de restauration, boissons et desserts préparés par les associations locales. C’est aussi à chaque fois un moment très attendu par les jeunes des classes jazz du collège Eléonore de Provence de Monségur qui en assurent les premières parties. Mais ce soir surprise : sur scène un clavier, une guitare électrique, une basse, une batterie, une trompette, et une jeune formation réunissant sept élèves du lycée Jean Renou de La Réole. 

Elèves du lycée Jean Renou de La Réole. 

Inès De Sousa, chant
Joan De Truchis, trompette
James Drayton, piano
Gaël Durand, guitare
Elyas Girard, guitare basse
Jules Vecchiato et Patxi Pinlou, batterie

Les premières parties sont des exercices difficiles : en un nombre limité de titres il faut donner le meilleur, captiver l’attention du public dès les premières mesures, et ce soir ils ont fait un choix judicieux en puisant dans le répertoire de Stevie Wonder des titres dont le groove a imprimé des traces durables dans nos mémoires. Et en effet les deux premiers morceaux, tirés de l’album Songs in the key of life sorti en 1976 vont mettre le public dans de bonnes dispositions à leur égard : ‟I wishˮ, suivi du tube planétaire ‟Sir Dukeˮ.

La rythmique est efficace, pulsation puissante de la basse qui invite à bouger son corps, le clavier assurant la mélodie, guitare et trompette se partageant à plusieurs reprises le devant de la scène. Il faut saluer la performance de ces jeunes musiciens qui ont commencé à jouer ensemble il y a à peine un mois et ont pu répéter seulement une heure avant leur passage sur scène, avec une mention spéciale à Inès au chant plein de conviction sur le deuxième titre. Ça fonctionne bien, le public, famille, amis, en redemande.

De toute évidence le jeune guitariste et le bassiste aiment bien ce qui bouge, et le blues leur va bien. Se retrouver en trio avec le batteur autour de ‟Stormy Mondayˮ, de The Allman Brothers Band sorti en 1971, belle référence, est l’occasion d’une réjouissante démonstration de complicité, la guitare pleure, crie, envoie de toutes les couleurs, riffs de basse sur un tempo mené aux baguettes style blues-rock.

Clavier et trompette de retour sur scène pour la reprise à cinq d’un fameux standard de jazz, ‟So Whatˮ, du grand Miles sur l’album culte Kind of Blue sorti en 1959, sur un tempo un peu emballé et cependant plutôt bien mené. Mais le rock ça en démange encore certains, et c’est déjà le dernier morceau : ‟Gimme some lovinˮ écrit par Steve Winwood en 1966 que l’on trouve dans l’album Welcome to the Canteen du groupe Traffic enregistré en public en 1971. Encore un titre culte et c’est l’occasion de se faire plaisir ; guitare et basse en pur jeu rivalisant de riffs, séquence jubilatoire de jeux de scène, batterie puissante qui entre temps a changé de mains, solos de piano ou de trompette, le public est conquis, rappelle le groupe pour un dernier morceau. Une première partie bien menée par ces jeunes à qui l’on souhaite de belles rencontres avec le jazz.


Pirate Quartet

Pirate Quartet : une guitare et un saxophone ténor, une contrebasse et une batterie, une formation créée en 2020 autour du répertoire du mythique quartet réunissant John Scoflield et Joe Lovano dans les années quatre-vingt-dix. 

Christophe Maroye, guitare
Pascal Faidy, saxophone ténor
Nolwenn Leizour, contrebasse
Philippe Valentine, batterie

Nous avions eu le plaisir d’écouter ce quartet l’été dernier au Festival de Mios, impressionnés par l’énergie déployée sur scène, par le jeu complice entre le guitariste et le saxophoniste, par la rythmique à toute épreuve, puissante et nuancée, et surtout par le son Scofield de la guitare de Christophe Maroye selon les fins connaisseurs du guitariste.

Voici donc un quartet connaissant son sujet, puisant dans le riche répertoire de John Scofield au gré des envies, et pour commencer un titre tiré de l’album En route, John Scofield Trio live (Verve, 2003). ‟Bagˮ introduit en douceur, ambiance jazzy sur laquelle Christophe Maroye et Pascal Faidy entament une conversation entre riffs subtils et chorus maîtrisés, la batterie de Philippe Valentine, puissance et clarté, laissant à la contrebasse de Nolwenn Leizour le soin d’entretenir un groove soyeux. En suivant le tempo s’emballe, ‟Do like Eddieˮ tiré de Hand Jive (Blue Note, 1994) envoie comme un parfum de Nola derrière ces riffs bluesy, syncope sur caisse claire, puis ça tourne rock, marque un arrêt, ténor calmant le jeu en arabesques mélodiques.  

‟Let’s say we didˮ, de l’album Time on my hands (Blue Note, 1990) réunissait le quartet mythique : John Scofield et Joe Lovano accompagnés de Charlie Haden et Jack DeJohnette. Introduit par la rondeur de la contrebasse, sax et guitare à l’unisson d’une plainte douce amère, tempo en apesanteur, c’est une balade aérienne teintée des accents de rock progressif. En suivant, ‟Weeˮ (Verve, 2003) c’est l’énergie libérée, le moment du plaisir pur, les solos qui s’enchaînent, Philippe Valentine cavalier seul lancé à pleine puissance, et se rejoindre enfin pour une arrivée au sprint.

Changement de registre mais toujours dans les années quatre-vingt-dix, ‟Thieves in the templeˮ de Prince sur un arrangement très rock, introduit par Christophe Maroye en solo de guitare aux sonorités finement ciselées. Pascal Faidy aux prises avec un saxophone ténor s’échappant vers des sommets mène un combat corps à corps avec l’instrument, avouant à la fin « le jazz c’est du sport ». En suivant c’est un standard de jazz qui serait passé entre les doigts de John Scofield, un ‟Blue Monkˮ (enregistré la première fois en 1954) qui déménage, du gros son blues sous la férule fortissimo de Philippe Valentine (qui pourtant joue ce soir sur une batterie d’emprunt),  et la contrebasse de Nolwenn Liezour, avec quelques échanges de solos jouant à se surprendre en 4/8/8/4, faut suivre !

Et la pépite (selon moi) de la soirée ! Un ‟Mr Tambourine Manˮ (Bob Dylan dans l’album Bringing It All Back Home, 1965) qui s’annonce par les variations en note bleue sculptées par Christophe Maroye à la guitare et aux pédales, longue comme une nuit emplie de lucioles, des échos des profondeurs, sonorités liquides, long solo comme un rêve arrêtant le temps. La rythmique entre à son tour dans le jeu, instillant un groove venu des profondeurs, et le saxophone s’envole vers des absolus que seule la musique peut approcher parfois. Pascal Faidy valse avec son ténor, balance, folle transe, très loin, très haut, ensemble se retrouvent comme par magie autour du thème, puissance et légèreté en intonations mêlées rock-folk. Le public sous le choc ou le charme retient son souffle jusqu’à l’évanouissement de l’écho de la dernière note. Quelque chose de rare s’est produit ce soir, Pascal Faidy trouvera les mots justes : « Le jazz ça peut être ça aussi ».

Le dernier morceau, galop final sur ‟Les Chariots de feuˮ de Vangelis (1981) et au rappel refermant la boucle, John Scofield avec une sublime balade, ‟Keep me in mindˮ (sur l’album Blue Note Meant to be, 1991) qui m’a donné envie de retourner écouter ces vinyles.

« Et vive le Jazz ! » (Pascal Faidy)

Prochain rendez-vous : Jazz en Balade le 30 mai à Monségur avec Afro Social Club, et le Festival Les 24 Heures du Swing de Monségur les 3, 4 et 5 juillet 2026 (le programme à retrouver sur www.swing-monsegur.com) 

Par François Laroulandie, textes et photos

Galerie photos : Elèves du lycée Jean Renou de La Réole

Galerie photos : Pirate Quartet