Vincent Sauve Trio – La mémoire du son / principes aléatoires

VINCENT SAUVE : Batterie, Compositions

SOL LÉNA-SCHROLL : Saxophone, Arrangements

CLÉMENT MERIENNE : Piano, claviers, Arrangements

Vincent Sauve a appris la batterie au CRR de Bordeaux et au CIAM avant de rayonner : CRD d’Agen (diplomé), puis raffle des prix à Porquerolles, Hyères… Il enseigne la batterie, puis devient directeur pédagogique (studiomédoc), travaille souvent pour le théâtre, la danse, marqué par une master classe avec Steve Coleman (2011), on l’entend clairement dans sa participation avec Stephane Payen et surtout dans ‘The Khu’, et avec Magiic Malik. Un garçon très actif !

Il rencontre Sol et Clément pendant leur duo ‘Cycles’ et dans ‘l’Autre Collectif’. Leur démarche musicale expérimentale contemporaine correspond bien à ses travaux qui questionnent les formes et ses recherches en jazz minimaliste.

Il a développé un système d’écriture à partir de préceptes aléatoires basés sur l’écoute de l’autre visant à s’intégrer dans un mouvement d’ensemble à la structure mouvante qui guide l’improvisation, transformant la musique en respiration.

L’idée est de retrouver l’origine des empreintes sonores, le souvenir oublié de la source de la mémoire qui se souvient… D’où viennent les comptines qui ont meublées notre enfance, quel est le moment précis de cet apprentissage ? Marqué par la répétition, le cerveau a fini par enregistrer les informations : mélodies, paroles… qui viennent de l’autre. Donc, sans l’autre, cette musique, ce son, ne nous appartiendrait pas. Resterait à l’inventer ? L’écoute de l’autre est primordiale, activant une transmission orale ancrée dans les premiers temps de l’évolution humaine qui permet à la tradition musicale de perdurer.

L’écriture, et l’interprétation des thèmes suivent des codes singuliers : demande de participation et d’inter-action immédiate, le mouvement et le hasard laisse le temps à l’exécutant pour utiliser les matériaux donnés, travail sur le ‘rebond’ en tant que principe de dynamisme, utilisation des modes d’Olivier Messiaen, improvisations ‘in’ et ‘out’. Les règles du jeu sont aléatoires, modifiables, à chacun de s’approprier et de développer les informations…

Les thèmes écrits sur portées sont bref et succincts, mais les indications d’interprétation sont fournies et précises.

Une musique intellectuelle qui n’empêche une charge poétique indéniable grâce à l’écoute, la cohésion et le talent des instrumentistes.

Un livret généreux livre les modalités d’appréhension des chansons.

Les trois font et défont des nœuds marins, on ne sait jamais très bien comment c’est foutu, mais ça tient ! Corde serpent qui s’enroule sur elle-même, formant des figures inattendues liant les participants entre eux et aux auditeurs.

Entre musique contemporaine et jazz actuel, écriture et improvisations s’entremêlent dans une ambiance plutôt chambriste, résolument moderne. L’exécution est au cordeau et les échappées libres passionnantes.

Une musique à écouter avec attention, encore et encore pour en saisir les formes, les intentions, les subtilités, les nuances et les merveilles d’inventivité présentés par trois excellents musiciens qui ont des choses à raconter.

Chez : Onze Heures Onze

Par : Alain Fleche