Daniel García Trio au Rocher de Palmer5 mars 2026

1° partie Nicolas Girardi Trio

Nicolas Girardi, batterie
Vincent Vilnet, piano
Flavien You, basse

Atmosphère, il n’y a pas d’autre entrée pour décrire l’immersion immédiate dans l’univers poétique de Vincent Vilnet. Un nouveau monde prend forme, images aquatiques ou air transparent, une délicatesse infinie pour que s’y glissent discrètement les plus discrets ballets de Nico, et la basse ponctueuse de Flavien You. Sous les doigts de Vincent, des rideaux de pluie chatoyante inondent la scène, la répétition fait tempo, c’est bien vu, des accords lumineux parsèment ce décor. 

La basse de Flavien se met à hoqueter doucement, la batterie de Nico tambourine et les mains de Vilnet se délie à l’envie.

Le Club des cinq bat la mesure ou la chamade mais le toucher de Vincent Vilnet en cherche les nuances, quitte à en préparer le piano un instant, juste pouls qui accompagne une basse scrutatrice. C’est une cavalcade en fait en montée puissante, bien entraînante.

L’élégance de jeu de Vincent Vilnet se marie parfaitement à cette composition de Nico Girardi. On parlerait de tendresse et d’ailleurs, le morceau est dédié à la petite nièce de Nico, Callie. Un monde merveilleux, l’enfance coloriée par un trio en accord parfait.  Quelques moments mutins de la petite s’immisce dans le jeu. Douceur et malice, peut-être opiniâtreté se succèdent, et forment une ronde. Charmant portrait !

Un solo de basse grave pour entrer dans la Primavera, Vincent jette quelques filets d’or, reprenant la mélodie en filigrane, le trio se retrouve alors, et suit un solo tonitruant de Nico.



Daniel García Trio

Daniel García, piano
Reinier Elizarde ”El Negron”, contrebasse
Michael Olivera, batterie

Frémissement ou réveil généreux, le piano de Daniel García chante, un arc-en-ciel dès l’approche, un sacré tempo s’ensuit, contrebasse et batterie incluses, le thème de Gates to the land of wonders revient pour des variations lyriques, une batterie tonique, le groove s’invite. Ça promet ! 

Un batterie lancée à fond, mais bien tenue, une note répétée au piano, un déhanché de la contrebasse et de Reinier Elizarde… Ça chaloupe, avec de brusques changements de direction, arrêts sur élan et ça repart. Chaud, chaud, jamais vulgaire, une déclinaison de flamenco, le tango tourbillonne juste ce qu’il faut, le caractère hispanique pour les pointes, les reins qui se creusent. Virevolter avec caractère… La Comunidad.  Frottements, accélérations, pauses séductrices, avancées aventureuses, la batterie flamboie un sang puissant. 

Une entrée très épurée, six notes puis sept puis le tempo des trois, les  arpèges de Daniel García sont de douces vagues caressant le sable, la contrebasse de Reinier Elizarde, un léger ressac, la batterie de Michael Olivera, les grains d’or brassés par les deux. Le tempo s’accélère pour grandir les lignes, prendre l’espace, un Wonderland riche et généreux, une main droite luxuriante ! Et dans un tel espace, il faut de  la mixité, l’archet de Reinier lance des appels méditerranéens, aux saveurs sahariennes, un vent enrobant, des déserts méditatifs, une quête pour  un lieu de liberté peut-être. La batterie de Michael Olivera sait passer de la volonté vers le rêve, la contrebasse de Reinier Elizarde et le piano de Daniel García finissent avec les mêmes notes. Sans doute dédié aux rêveurs que nous espérons rester. 

Une ballade dans les doigts de Daniel García aux accents hispaniques, des trémolos pour adoucir le clavier, une note dans les graves afin d’accentuer la mélodie à venir, nostalgie et espoir mêlés, la patte/pâte du pianiste. L’archet revient manifestant une sorte de conscience, notre responsabilité au monde. Le piano répète quelques notes en litanie, la batterie a fait silence ou ponctue par des baguettes atténuées, la contrebasse lance-t-elle une prière ? Les sons s’étirent, prennent le temps de la plainte. Une cymbale rappelle le pouls du morceau. 

C’est à nouveau le moment du voyage, d’une traversée. La main gauche lancinante de Daniel maintient le fil conducteur ; à la droite de chercher et trouver les chemins de traverse, les fantaisies, un labyrinthe volontaire qui aime autant les embardées qu’une sortie vraisemblablement en pointillés. 

Ici, il s’agit de représenter la joie comme une fête entre amis toute une nuit durant… L’originalité de Daniel García, c’est ce mixte savant et généreux entre jazz et flamenco, leur rencontre, leur flirt, leur fusion. La contrebasse de Reinier Elizarde a attrapé le tempo, suivi par les baguettes tapeuses de Michael Olivera sur la caisse claire, les accords de Daniel peuvent saisir la rythmique, la faire swinguer. Les trois partent en campagne, manifestant le plaisir du partage quand il se fait profusion.

Quelques notes juste préparées pour que le cœur batte ce qu’il faut pendant que la contrebasse de Reinier vibre, folâtre avec rigueur, groovante, charnue, charnelle. La batterie de Michael Olivera en éructe.

La tradition est aussi le moteur de cette musique, c’est une alchimie, une utilisation de l’antique, de l’origine, traversés par plusieurs genres, de quoi nous sommes faits en quelque sorte. Intelligente digestion et restitution d’une entité originale, pleine, innervante. Travesuras.  Au plus fort de leur jeu, ils retournent tous trois au plus serein, la voix de Daniel García comme un chant de sirène sereine, toutefois enveloppante, un appel à un large prometteur… 

Par Anne Maurellet,
photos Alain Pelletier alias « tamkka »


Galerie photos Nicolas Girardi trio


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