YFOS – Young Folks Old Spirits
SEPTET
One of Laurent Robino’s stories

Laurent Robino – Saxophone alto, compositions, arrangements
Jacky Berecochea – Trompette, bugle
Alex Golino – Saxophone ténor
Javier Juanco – Guitare
Baptiste Techer – Trombone
Chuchi Garcia – Contrebasse
Unai Olabarri Valera – Batterie
[COUP DE CŒUR] Cela fait plusieurs années que nous avons découvert Laurent Robino, au fil de jam ou concerts ponctuels sur la région bordelaise et alentours. Il a commencé tout jeune ses études et n’a jamais cessé d’approfondir ses connaissances, en France, en Espagne, aux Pays-Bas et même aux USA. Cela lui a permis de recevoir des enseignements fondamentaux, avec diplômes et distinctions à la clé, et de faire de précieuses rencontres qui l’ont marqué à vie.
Peu à peu le style de Laurent s’est affirmé, ce qui fût constaté au Tremplin Action Jazz 2019 où il présenta un beau sextet très apprécié, et fort bien accueilli lors des concerts qui suivirent. Cela préfigurait déjà son actuel septet. Nous l’avons également croisé au sein d’autres excellents groupes tels que le Playboys Sextet ou encore le Trio Gaubert/Saint Laurent/Robino, et dans quelques combos éphémères auxquels il était régulièrement invité et s’adaptait parfaitement.
Laurent Robino c’est la classe, l’humilité et le respect. Il ne tarit pas d’éloges à l’égard de ses mentors, des personnalités du jazz auprès desquelles il a étudié, parmi elles les américains Sam Newsome et Lee Konitz. Pour les européens, c’est une vraie complicité qui s’est établie avec Jacky Berecochea, Alex Golino et Javier Juanco, les fameux « Old Spirits » qui participent à l’album, de même que ses amis les « Young Folks » Baptiste Techer, Chuchi Garcia et Unai Olabarri Valera, à l’égard desquels il est tout aussi admiratif et reconnaissant.
Au printemps dernier, nous avons eu le privilège de découvrir en avant-première ce nouveau projet YFOS Septet, en concert à Sortie 13 à Pessac, un lieu où Laurent Robino s’est souvent produit. Le charme a vite opéré et les thèmes fort bien écrits et arrangés ont défilé avec une force collective étonnante. Nous avions vraiment eu l’impression d’être face à un « pocket big band », mené par un leader en pleine maturité, brillant saxophoniste sachant se fondre dans son septet sans se mettre en avant, inoubliable !
Cette première « histoire de Laurent Robino », est un touchant recueil d’hommages à des personnes qui comptent beaucoup pour lui.
Les deux premiers morceaux nous saisissent par la gémellité qui les unit, « Gaolino » rendant grâce à Alex Golino et « Berecoach » à Jacky Berecochea. Les soufflants allument joyeusement la mèche et leurs flammes rayonnent en de belles harmonies, ce qui catalyse « Gaolino », dévoilant déjà un réjouissant esprit late fifties/early-sixties ressenti, dont le message plutôt hard-bop est entendu. Beauté du dialogue saxophones, ça ronronne impeccablement derrière, tout va bien ! Un superbe chorus de guitare tranchera alors l’espace comme une lame de Tolède, sur une rythmique décidée, dont la fraîcheur du ton et le muscle bien contrôlé sont clairement annoncés. « Berecoach » tient les mêmes promesses que son frère, seulement séparé de son jumeau qui le précède, par l’énergique solo de batterie qui l’introduit. Un flow comparable offre chapitre à de beaux chorus qui se succèdent, trompette, trombone et guitare s’en donnant à cœur joie pour chanter leur commun enthousiasme à cette vivifiante invitation multi générationnelle.
Suit « Odile », beaucoup d’émotion dans cette ballade majestueuse, remarquablement orchestrée, dont nous devinons la dédicace intime, mais que nous tiendrons secrète. Magnifique solo de l’immaculé saxophone alto qui (lui) dit tout, sur un tapis de velours rare. C’est beau, tout simplement !
Avec « Soirtello », surprise, c’est la machine à remonter le temps qui est enclenchée, ce thème fût si souvent joué par Laurent lors de jam et de concerts ! Limpidité, mélodie caressante et arrangements soyeux, profondeur du feeling qui fait de ce thème un rendez-vous immanquable. Hommage au temps qui passe, celui sans lequel rien n’est possible.
Dédicace avouée à Unai Olabarri Valera, « Swing P » porte bien son nom. Le tempo est remonté d’un cran et nous entraine dans un irrésistible tourbillon d’aise, où la synergie de ce groupe est encore plus évidente. Les solos fusent en alternance, clarté des soufflants, avec une trompette bouchée vintage, tous nous en disent beaucoup sur l’histoire du jazz à laquelle ils semblent revenir là, mais le solo de batterie particulièrement pointu décroche le prix et nous cloue au sol !
Nous ne résisterons pas aux deux derniers morceaux, probables dédicaces à d’autres amis d’études jadis côtoyés. La beauté de « Moore’s Bossa » tire les larmes et en fait l’un des titres les plus émouvants du disque. Sa suave fluidité nous fait penser à certaines musiques de films, notamment américains, la « Robino’s touch » ? Irrésistible ! Pour refermer le livre de cette belle histoire, l’ardeur de « Sounds Bob » nous tient en alerte grâce à un tempo bien swing, avec les cliquetis de batterie, le chorus sera pour plus tard, l’envoutant walking de contrebasse, et les interventions alternées des solistes comme « à l’ancienne », tout le monde s’exprime. C’est jubilatoire, il y a de l’énergie, du plaisir, et le message d’amour à ce jazz intemporel nous captive à chaque note, en abondant inlassablement la formule « hier + aujourd’hui = demain » !
Le YFOS Quartet nous a séduit par les vibrations de son âme collective. L’alliance idéale de magnifiques musiciens qui ne connait pas de conflit, tous unis en un souffle commun, et par une créativité instantanée. Cet album sonne vrai et ne semble entravé d’aucun artifice, comme s’il avait été enregistré en live chez soi. Il nous a conquis par sa maturité, par la fraîcheur de son inspiration et la vision ouverte à ce qu’est le jazz aujourd’hui. Un espace généreux qui fait fi des générations et des styles.
Saluons enfin les riches notes du livret, formulées en basque, en espagnol et en français, signées par Patri Goialde, ancien professeur de certains de ces musiciens.
Par Dom Imonk
Errabal Jazz
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Chronique du concert au Sortie-13 (Pessac) samedi 26 avril 2025 :
https://blog.lagazettebleuedactionjazz.fr/yfos-le-septet-de-laurent-robino/















