Vladimir Torres – Rush

Vladimir Torres – contrebasse, compositions

Martin Schifman – piano

Tom Moretti – batterie.

Invités :

Damien Groleau – piano (sur 3, 6 & 7), composition (« Brooklyn Barbès »)

Hugo Diaz – saxophone soprano

Constantin Meyer – trombone

Gabriel Torres Roch – cornet

[COUP DE CŒUR] Après un enrichissant premier parcours de près de vingt années, où les collaborations et participations furent multiples, en jazz et en d’autres styles musicaux très variés, Vladimir Torres (contrebassiste et compositeur) s’est lancé dans une aventure solo, avec « Initial » paru en 2020, suivi de « Music for a Locke in Double Bass » (en solo) en 2021 et du généreux « Brujos » en 2023, dont les messages furent clairs. C’est dans le sillage de ce dernier que semble s’inscrire le tout nouveau « Rush », de manière toutefois plus concentrée, les sentiments semblant à fleur de peau, comme exprimés à vif, une impression d’urgence s’établissant par moment, confirmée par le mouvement vif que suggère la superbe photo de couverture (Studio M). Tels des instantanés captés par la fenêtre d’un train lancé à grande vitesse, il y a ainsi neufs morceaux qui défilent en des humeurs changeantes, des moments de réflexion qui donnent une bonne idée de ce que souhaite partager Vladimir Torres.

Nous retrouvons avec plaisir l’excellent trio de base, formé depuis l’origine avec de fidèles amis, augmenté d’invités de marque qui apportent chacun une couleur particulière à ce nouveau projet.

« A song » nous capture d’entrée par quelques notes d’un piano mélancolique, alliées au langage précis et articulé de la contrebasse qui semble plus parler que jouer. Une ambiance plutôt latine enrôlant le flow, les origines uru­guayennes de notre leader bisontin n’y étant pas pour rien. Les musiciens adoptent aussi ce ton, en particulier le cornet à la juste fin. Artiste engagé, Vladimir Torres revient ensuite sur la guerre et la souffrance avec « Gaza is burning », comme il le fit sur « Brujos ». Tout le groupe s’accorde à ce poème en forme de supplique à la paix, qui n’est jamais sourde, mais a les ailes brisées. Morceau révolté, entrecoupé de breaks, douleur du désespoir, énergie pimentée de l’espérance. Nous sommes conquis par cette lutte que nous rejoignons.

Après le tumulte, voici « Zoé’s walk » et « Paz », deux belles compositions qui nous touchent au plus profond. Nous imaginons que la première est dédiée à la fille du leader. Délicate composition, elle est jouée en un duo de piano (l’invité) et de contrebasse, pour un dialogue serein d’une intensité émotionnelle forte, où les notes s’entremêlent et forment une indivisible unité. La seconde est une courte revendication du contrebassiste en solo, dont la clarté et l’énergie expressive rebelle décrivent au mieux le titre, « Paz », c’est « Paix », tout est (presque) dit ! Un peu plus loin, nous avons aimé retrouver Vladimir Torres une nouvelle fois seul, sur le remarquable morceau titre, sorte de confession intime enflammée, dont l’accent appuyé, porteur du cri de son âme, n’est pas sans rappeler celui d’un Miroslav Vitous, pour ne citer que lui.

Par ailleurs, deux autres thèmes évoquent surement la route et voient le retour élégant du pianiste invité qui égrène ses notes à l’envi, entre les cordes sinueuses et joueuses de la contrebasse, l’ensemble en mid-tempo. Tout d’abord la miniature « Soundcheck », d’évidence née sous le signe de la balance, qui, en une succession rapide d’images interrogatives un soupçon inquiètes, semble vouloir dessiner le futur espace sonore du concert à venir, et le mélancolique « Brooklyn Barbès », hommage probable en forme de clin d’œil au célèbre club new-yorkais jadis créé par des français, dans lequel tous ces honorables complices ont peut-être déjà joué, ou rêvent de s’y produire !

Revenons enfin aux racines latines de Vladimir Torres avec le festif « Valencia Bilbao Granada », qui ajoute une ville à la version de « Brujos ». Tempo enivrant, syncopé et « caliente » qui redonne le goût à la vie, et se voit illuminé par le saxophone et le trombone invités, sur fond de rythmique agile, nerveuse et charpentée. Les chorus fusent à tout va, dans une féérie de sons, soutenue par une contrebasse qui se contorsionne de plaisir, en maîtresse du gouvernail de la fête. Même impression à l’écoute du saisissant « Dos hermanos » qui clôt le disque, alternant échappées tumultueuses et respirations plus sereines. 

Avec cet album d’engagement à l’âme solaire, Vladimir Torres et ses complices nous ont invités à un palpitant voyage aux étapes imprévues, entre poésie de l’intime et ferveur de la lutte. Un message d’espoir pour la paix, intérieure et planétaire, qu’une écriture sensible et avisée, et ce groupe d’épatants musiciens frères permettent d’exprimer avec passion.

Par Dom Imonk

Label l’Horizon Violet/Absilone

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https://vladimirtorres.bandcamp.com/album/rush/