Pat Metheny trio – « Side-Eye » – Rocher de Palmer – Cenon – 14 juin 2022

Pat Metheny – Photographie © Jean-Michel Meyre

Pat Metheny, guitares
Chris Fishman, piano, claviers
Joe Dyson, batterie

Pat a choisi une sobriété douce malgré la guitare Pikasso à cordes multiples. Les harmoniques s’entrefilent
et créent un monde onirique, un pays aux croisées de plusieurs cultures. Et puis, il finit en les froissant
comme pour effacer cette entrée en matière et pousser plus loin la porte des rêves.
Sa longue et abondante chevelure accompagne sa musique. La batterie de Joy Dyson est entrée vivement
dans la boucle pendant que Pat Metheny attrape une guitare…simple. Son Swingang obstiné, creusant les
arrondis pour ne pas les laisser s’étendre, cordes pincées en rocker. Il faut partir au ciel, suivre les
ascensions, les trous d’air, l’entendre virevolter, attraper les pics, swing électrique, courbes et ligne droite
mais élevées inextricablement. Les claviers de Chris Fishman multiples eux aussi maintiennent la
cadence…largement soutenus par la batterie agile. Les sonorités poétiques chantent.
Pat Metheny coud sans cesse des harmonies fines qui appellent les mêmes sons au clavier. Les deux
s’entrelacent. Il y a de la délectation là et on la partage.
Morceau suivant plus groove, où le rock reprend sa part. Sa musique est un tissu extrêmement dense avec
mille fils soyeux ou plus résistants qui composent une toile de peintre dont le relief déborde le cadre ! Ça
swing chez les trois : le clavier divise les sons, épaississant leur perception – toujours la multiplicité des
voies/voix. Le batteur Joy Dyson recherche avec facilité la difficulté. Les cymbales semblent
s’entrechoquer, soufflées par la rapidité du jeu des baguettes. Puissante complexité. Quel batteur !!
Epuisés de tant d’énergie savante, ils nous ramènent tous trois vers la douceur. Une contrée délicate où
l’extrême finesse de jeu de Pat Metheny se déploie tendrement. Les deux jeunes musiciens l’entourent
avec délicatesse juste pour mettre en valeur la richesse des harmoniques. Le piano a repris le thème,
feuilles d’automnes ou vagues alanguies, le temps ralenti retrouve sa valeur méditative.
Comme un Coltrane traquait son saxophone, Pat Metheny explore sa guitare. Le pianiste Chris Fishman
au jeu nerveux swingue à l’envie, fluidifiant les accords avec une vitalité de jeu identique à celle du
batteur Joe Dyson qui l’encadre rapidement, un des rares à égaler le talentueux Jack deJohnette. Ils sont
virtuoses, sans conteste, mais c’est au service de la musique. Pat Metheny passe à la guitare si électrique,
si amplifiée que nous sommes appuyés en extase sur ce haut voltage. Pas question de s’en détacher, plus
ça monte, plus on adhère, frappés par des secousses qui nous transpercent. Suit l’apaisement, un
chuintement soudain sur la guitare avec quelques notes de piano.
Pat Metheny revient à la guitare acoustique pour nous conter une mélodie, retour à sentiments, presque
une composition classique. Quelle palette. Une pointe de Led Zeppelin aux heures de Stairway to heaven,
je trouve . Accords choisis avec une infinie précaution. La batterie frise : le jeu comme pour ponctuer une
poésie…Le clavier de Chris Fishman s’y glisse imperceptiblement. Un bain de pétales de roses, rouges
(tout de même).
On passe au synthé psychédélique puis au clavier aux accords solides, ondes successives venant
rencontrer les accords appuyés de Pat, la batterie battant la chamade discrètement : on reconnaît l’univers
de Pat Metheny encore magnifié par ses deux jeunes acolytes.
Le jeu de Pat Metheny produit un véritable langage, particulièrement riche, complexe, de la musique sur
la musique. Parfois ils nous emmènent vers une galaxie, à moins que ce soit vers les abysses. Monde
étrange. La densité des compositions est extrême, et la variété du jeu du jeune pianiste saisissante.
Vient ensuite l’hystérie maîtrisée du batteur et de Pat. Accords disjonctés, chaos ciselé. Le batterie vole –
vrai – jamais vu une telle vélocité – et Pat rocke, déjante les sons, ordonne la cacophonie, musique
encore, plus loin. Tordre le son, en faire une onde. Sublime !

Nous sommes envahis. Totalement ! Il me semble bien que Pat Metheny fait chanter sa guitare, la
poussant dans ses plus fragiles aigus qu’il fouille puissamment toujours avec élégance.
De la belle ouvrage ! Du grand art !

De gauche à droite Chris Fishman, Pat Metheny et Joe Dyson – Photographie © Jean-Michel Meyre


Par Anne Maurellet, photographies Jean-Michel Meyre

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