NO(w) Beauty au Festival Jallobourde / Canéjan / 16 janvier 2026

Le « Jazz aux sources » de la beauté.
Compte rendu du concert et présentation de l’album (un) Seen, Label HOMS. Sortie prévue le 30 Janvier.
Pour sa 17ième édition, le festival Jallobourde s’est installé, comme le veut sa tradition sur les rives de la Jalle et de l’Eau Bourde. En ce janvier pluvieux, la chaleur du jazz a plané sur les communes de Canéjan, Cestas, Saint Jean d’Illac et Martignas grâce à une programmation haute en couleurs. Des artistes reconnus tels Daniel Zimmermann, Yves Carbonne ou encore la formation Crawfish Wallet ont ainsi pu dévoiler différentes facettes de cette musique ouverte sur le monde. NO(w) Beauty se produisait dans la salle de spectacle du Bouzet de Cestas, inaugurant le premier concert du festival.
Après avoir publié un premier album unanimement salué par la critique, le quartet franco-américain a été élu groupe de l’année 2023 par Jazz Magazine et Jazz News. Cette jeune formation sans leader attitré est composée d’Enzo Carniel au piano, de Damien Varaillon à la contrebasse, de Stéphane Adsuar à la batterie et d’Hermon Mehari à la trompette.
Forts de parcours artistiques déjà impressionnants, les quatre musiciens se sont retrouvés autour d’un projet collaboratif qui revendique la liberté de faire dialoguer audacieusement l’ordre de la musique classique avec des fragrances contemporaines plus impétueuses.
Ils sont animés par le même désir d’ouvrir un nouveau chapitre tout en s’affranchissant des carcans stylistiques. (un) Seen s’est construit autour de la thématique de l’oiseau, métaphore spirituelle des chemins qu’empruntent les humains. Ils sculptent une musique expressive gorgée de poésie qui parle des choses que l’on ne voit pas à première vue. Où se trouve la beauté ? Peut-elle se nicher partout ? Et nous, auditeurs, savons-nous la déceler ?
Ce soir, nous sommes privilégiés puisque c’est la première fois que NO(w) Beauty présente (un) Seen devant un public.
Le concert débute avec Atlantic Currents, une composition de Damien Varaillon, la fluidité mélodique se marie parfaitement à la pétulance de la rythmique, dessinant les courants tumultueux de l’Atlantique au creux desquels ce morceau a été écrit. La pureté du son de la trompette enveloppante, puissante et veloutée rappelle la profondeur du son franc d’Ambrose Akinmusire.
Une autre ambiance s’installe avec Sira Luntana. C’est une pièce au rythme dynamique en cinq temps écrite par l’américain Hermon Mehari. Grâce à l’ocre des lumières qui nimbe la scène, les brillantes digressions d’Enzo Carniel évoquent le charme intemporel d’une déambulation dans la vivante Catane.
Nous changeons à nouveau d’univers avec le flamboyant Zone 11-Territoires, Enzo Carniel nous révèle que ce titre est l’anagramme de son prénom. On est immédiatement séduits par la structure musicale et l’amplitude du jeu de chacun, piano et trompette subliment une mélodie bousculée par un tandem rythmique fougueux.
Inner Spaces est une ballade, également écrite par le pianiste, sa formation classique se prête parfaitement à l’atmosphère intimiste que dégage le morceau. Stéphane Adsuar apporte beaucoup de grâce en déployant ses balais avec légèreté tandis qu’en contrepoint, Damien Varaillon souligne le thème avec élégance. Sur l’album, cette composition est jouée avec un quatuor à cordes. Le mariage du jazz et du classique exacerbe la lenteur, la pureté et le sentiment de retrouver une paix intérieure. Magnifique.
Les climats sonores se succèdent, maintenant sans faillir l’intérêt du public. Don’t Judge by the Feathers de Stéphane Adsuar, incarne les migrations d’oiseau, « entre illusions et vérité » nous indique la fiche presse de l’album. Encore un morceau tout en nuances, le rythme s’accélère, Damien Varaillon et Stéphane Adsuar offrent une armature solide au lyrisme épuré des deux solistes.
Puis, Gentlemen’s Agreement de Damien Varaillon met en valeur l’agilité et la consistance des groove du contrebassiste qui délivre une partition raffinée.
Chanson écrite pour Sam Amidon, The Bird’s Enlightened Path retrace le chemin emprunté par l’oiseau, évocation d’un parcours introspectif incarné par la mélodie qui s’épanouit avec sensibilité sur une rythmique soyeuse. On retrouve, comme sur l’ensemble du concert, la qualité du phrasé volubile d’Hermon Mehari. Les quatre instrumentistes s’écoutent, se répondent, dessinent dans notre imaginaire des paysages lumineux. Enzo Carniel déroule des arpèges fluides qui suggèrent la légèreté d’un vol tandis que Stéphane Adsuar déploie un drumming poétique et précis.
Dans l’album, Sam Amidon insuffle intensité et spiritualité au propos en mettant « en perspective l’envol des oiseaux, l’enfance, le chemin éclairé que nous empruntons. »
Le concert touche à sa fin, les musiciens interprètent ARC. Ce titre, issu de leur premier album, résonne comme une magnifique complainte sous la créativité des coulées déliées du pianiste. La trompette incisive d’Hermon Mehari habille de vibratos une mélodie légère et puissante. C’est cette richesse harmonique toute en nuances qui fait la force du projet, tout comme l’indéfectible complicité que l’on retrouve dans les improvisations et les solos de grande qualité dont nous gratifie le quartet.
Pour le rappel: For all we know. L’interprétation des musiciens réinvente ce vieux standard en le nourrissant de délicieuses textures contemporaines. Après une introduction d’Hermon Mehari, le thème se met en place et Damien Varaillon nous régale d’un chorus inventif, ses lignes de basse auront été claires et solides tout au long du concert.
NO(w) Beauty confirme une identité forte, une esthétique musicale unique qui provoque une émotion sincère. La photo de présentation du quartet est déjà un indice de l’intention d’aller chercher l’invisible à travers des visages qui se devinent entre ombre et lumière.
C’est un art subtil que d’allier avec autant d’aisance poésie et impétuosité, silence et fulgurances. L’intensité et la douceur des solistes, la puissance et la délicatesse de la section rythmique forgent une musique chaleureuse qui atteint son but : offrir de la beauté.
Par Christine Moreau, photos Philippe Marzat

Galerie photos par Philippe Marzat
































