Julien Dubois – Le JarDin – Le Soi et l’Autre

Julien Dubois : Sax Alto, Compositions
Alba Obert : Violon, voix
Maîlys Maronne : Piano, Synthé., Voix
Jean-Luc Lehr : Basse
Maxime Zampieri : Batterie
Deuxième opus pour ce saxophoniste, créateur, pédagogue… qui se confronte ici à la relation avec l’autre, identité versus identité, car l’autre possède (aussi) son identité propre, son soi, émanation du Soi, conscience universelle emplissant toute la création… l’altérité n’étant qu’illusion, le non-soi est confondu avec celui, ceux qui nous sont si proches… Mais bon, voici des histoires de soi, de l’autre, de la création, de l’invention. L’autre et ses idées, sa personnalité, sa présence qui enrichit, dérange (?) et nous échappe ; manque d’attention, d’écoute, d’empathie… dans le contexte, le cadre : l’espace local, l’univers, ses règles, ses lois, ses phantasmes… et le respect dû à notre environnement qui nous permet, pour l’instant encore, de survivre.
Quelque peu intellectuel ? Certes, dans le sillon progressif des Steve Lehmann ou David Binney, Julien Dubois cherche, fouille, examine, isole, réunit, compare, étudie…
‘Dubois’ au JarDin, il n’y a qu’un pas, on reste dans une ambiance végétale, celui-ci est sauvage, vernaculaire, auto-régulé, celui-là est travaillé, architecturé, entretenu… Julien s’amuse, réfléchit en s’amusant, plante un décor où les acteurs vont se promener, traduire un texte musical ardu à l’aune de leur interprétation et vision particulière, à ce qui résonne là, dedans, intime, avec, chacun, un grand talent, qui les différencie et les unissent.
Autour de la section rythmique, vrais faux-ennemis, deux compères qui ne se quittent pas de l’œil, de l’oreille, du sens, colonne d’air et de matière stabilisée dans un beat et un groove interchangeable, sur laquelle virevolte le violon clair-doux mais énergique de Alba, toujours à s’envoler vers des sphères inaccessibles, irréelles, exotiques, finalement acquises, s’impose le piano, arpèges ponctués d’accords judicieux et puissants posant un cadre immanent qui éclaire la topologie des lieux, garde-fou aux confins du paysage pour éviter le précipice où le son se perd et disparaît. Des voix vont, viennent, discrètes, riches apportent une humanité angélique. Saxophone égaré dans ses obsessions intimes, explorant des gammes instables dans des tempi aléatoires, flirtant avec un dodécaphonisme ré-inventé, re-modelé, proche des évasions de Steve Coleman, avec un son enrobant, un débit turbulent de notes distinctes et vives, expressives qui savent raconter de belles histoires.
Espèce de ‘fusion’ passé à la moulinette de Frank Zappa, compositions au cordeau suivis et interprétés par les instrumentistes attentifs et alertes, cassures de rythmes qui rebondissent et s’inventent, phrases inattendues, absconses, dadaïstes (manquerait ici d’un peu d’humour, pour la comparaison ?). Rigueur du génial moustachu illustré par une batterie sans faille (qu’il affectionnait particulièrement), basse chantante et singulière, violon plein de verve et de justesse, et la poésie du soufflant, évasif puis tranchant, cherchant tout au fond du plus profond, les jolies choses, vraies et sincères, qu’il va nous restituer dans un présent comblé de merveilles lumineuses.
L’album commence par un ostinato hypnotique qui servira de fil bleu tout le long du projet, s’accélérant, s’embrouillant, se dénouant, telle une balle de laine d’où chacun tire un fil et se chamaille avec l’autre… pour jouer.
Des histoires de l’héliocentrisme de Copernic, de genre choisi ou donné, de retour vers soi, de toile tissée d’après la perception du monde, de Anticythère et sa machine mystérieuse, d’aller vers l’autre, de clou qui était forgé, irrégulier, râpeux, mais unique jusqu’à l’ère industrielle qui optimise, rentabilise et uniformise, Darwin, Marx et leur visions… Enfin, en guise de révérence, rencontre avec l’autre, alter-égo en miroir, qu’il faut entendre, comprendre pour partager.
Partage de concepts, d’idées, de sens, un bout de chemin pour réfléchir ensemble…
L’autre, autre soi-même (?!)
Une (autre) réussite de ce magnifique saxophoniste qui nous épate toujours…
Par : Alain Fleche
Chez : Label Déluge
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