Abbaye de Puypéroux, dimanche 3 juillet 2022

Louis Plaud trio
Louis Plaud, guitare
Richard Giusti, contrebasse
Maxime Legrand, batterie
La guitare sèche fait l’introduction -Louis Plaud sait d’où il vient- garantissant une paix sans doute durable, puis elle laisse place à l’électrique tout aussi sereine. C’est une saison intermédiaire, où l’on commence à ralentir le pas pour mieux observer autour de soi.
Outre-monde est une musique on the road où le tempo choisit le temps des respirations plus aptes à recevoir le monde, ce qu’il nous offre. S’évader tranquillement et faire mieux percevoir…
Les chemins de traverse n’en deviennent pas plus swinguants !
Bien sûr que le trio raconte la beauté d’un champ rempli de coquelicots ou de bleuets, sinon partez dans les montagnes à la brume méditative… La Rencontre avec la splendeur à la forme de vos rêves, de vos découvertes. Encore faut-il en prendre la mesure ! La force du ralenti, c’est de toucher note après note les nuances du Beau. Louis Plaud trio se déplace ainsi dans cet espace-là.
Pour un Rituel, il en va tout autrement… Les musiciens franchissent des portes lourdes, – concentration mentale ?- le passage réclame la transe : tempo saccadé, guitare amplificatrice, entêtée. La batterie rythme le hochement de tête maintenu par la contrebasse.
Au fond, Le trio raconte le chemin fait par la musique du son le plus simple à son dépassement, moyen pudique avec eux d’écarquiller les yeux face à un Nouveau monde. C’est l’inconnu qui force la création, son étrangeté fait être. Déplacement nourrissant. Ils terminent par quelques gouttes de rosée. Y a pas d’heure.
Par Anne Maurellet, photos Alain Pelletier


Karl Jannuska feat. Cynthia Abraham – Duality
Karl Jannuska, batterie
Cynthia Abraham, voix
Robert Clearfield, piano
Pierre Perchaud et Antoine Lahay, guitare
Les compositions de Karl Jannuska sont des musiques incantatoires. La merveilleuse guitare nerveuse de Pierre Perchaud traverse avec attention la voix fine et safranée de la chanteuse, le groupe s’est agrandi en live… Le batteur a l’esprit d’aventure et son but est le plaisir de faire. Et ça se voit. Le claviériste Robert Clearfield maintient le groove avant d’avancer par vagues successives aux rouleaux déferlants. Les deux batteurs -eh oui, Pierre y a été invité- se juxtaposent pour épaissir le rythme.
Le morceau suivant, sur la tentation nous précise Karl, attrape le swing pour ne pas le lâcher. Dentelle active pour le clavier. Se dire que le groupe se construit sous nos yeux, qu’il faut du talent et une écoute totale des uns envers les autres pour y parvenir. Pari réussi. La voix nous enchante… et entraîne les musiciens à s’en approcher en trouvant le chant de leur propre instrument. Envoûtant.
Le pianiste déraille quelques accords pour une partition debussienne, où les fonds aquatiques brassent de longues algues fines grâce à leurs remouds habiles, les guitares s’y ajoutent, et la voix, ici spectrale, de Cynthia Abraham émerge pour faire frémir l’onde. Des sensations qui frissonnent puis de petites secousses accentuent le trouble. Sort des eaux une cité lumineuse aux multiples éclats. Le batteur tape délicatement sur les roseaux pensants, les cymbales se courbent.
Au commencement est l’enchantement du père pour le fils, vient la profondeur des sentiments, l’émerveillement aussi. Berceuse aimante qui sortirait de la partition pour exprimer par instants le cœur gonflé par ce miracle. Emotion vertigineuse que la guitare de Pierre explore dans ses plus extrêmes accents en écho à celle de Antoine Lahay.
Par Anne Maurellet, photos Alain Pelletier
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Laurent de Wilde trio
Laurent de Wilde, piano
Diego Imbert, contrebasse
Donald Kontomanou, batterie
Frapper la note pour lui donner son essentiel. Affirmer ainsi la musique et elle surgit, groove bluesé , blues groové, à voir. Le thème posé, Laurent de Wilde passe au swing ayant attrapé au vol contrebasse et batterie. Les notes de Thelonious Monk sont une force en soi. Y a plus qu’à… décomposer. Faut faire confiance à Laurent, virtuose en la matière. Ça défile sous ses doigts, mais il ne néglige jamais le style de Monk, l’accord appuyé qui finit par trémoler. N’empêche que ça swingue avec légèreté et intelligence. Le contrebassiste Diego Imbert ne l’oublie pas. Les doigts virtuoses de Laurent babillent aussi. Mysterioso.
Ils traversent les rapides en Si bémol, et le canot est si bien manœuvré qu’ils passent par-dessus l’écume avec facilité tous trois. Quelques récifs, faut bien du relief, habilement dépassés, roulements, tressautements, la batterie de Donald Kontomanou mousse de plaisir.
Laurent de Wilde semble chercher à contourner la Monk’s mood, trouver une petite porte ouverte sur le mystérieux pianiste. Alors il en propose un versus, comme un reflet inversé dans un miroir. Interroger les Grands en les détournant pour en relever les contours, un négatif progressivement révélateur. Un acharnement amoureux. On entend la superbe rage. Interpréter. N’est-ce pas cela créer ? Peut-être se libérer des racines en les déterrant. En frôler le mystère, les malaxant pour en retirer l’essence.
Laurent de Wilde choisit de restituer l’énergie de Round Midnight en l’enluminant. Chaque touche est prise en creux puis élargie traduisant dans l’arrangement la beauté désespérément puissante du milieu de la nuit où le jazz luit. Laurent finit par découper le thème en tranches fines pour garder les reflets de la transparence. Et plus encore, s’il pouvait en exhumer les parfums capiteux… il en appelle à la contrebasse qui en fouille la composition par décomposition et retient les notes en les suspendant à notre oreille.
Avec Four in one, l’aube pointe dans les doigts de Laurent de Wilde, frémit dans les baguettes de Donald Kontomanou, toujours subtilement présent et aérien ; il peut y avoir encore là un peu plus loin- un peu plus près- l’âme du morceau. Une variation pour remplir le canevas de part en part, tisser jusqu’au plus large relief à partir de la mystérieuse trame.
Pannonica pour la baronne est une ballade mélodieuse aux accents affectueux…qui s’accentuent ! boogysante sur les bords, soulevée par des accords primesautiers, tantôt amourachés, tantôt tendres, sûrement.
Inspiré !
Pour finir mais surtout revenir encore à Respire Jazz : la gentillesse n’est pas un vain mot…
Par Anne Maurellet, photos Alain Pelletier

Old School Funky Family
Un feu d’artifice étoilés de notes « Jass »
Respire Jazz Festival 2022, c’est fini pour cette année. Encore une fois, ce fut un régal.
Anne Maurellet et Alain Pelletier vous ont raconté cela en images et textes tout au long du passage des différents artistes qui se sont produits.
Ils ont joué et chanté sur la scène dans la cour de l’abbaye ou dans la grange. Quels décors ! On est vraiment dans cette campagne bucolique où le temps semble s’être figé. Nous sommes assis sur des bottes de paille, le nez dans les étoiles charentaises ou dans les poutres et solives de la Grange avec l’esprit qui s’évade au fur et à mesure que les musiciens défilent devant nous, nous emportant dans leurs sillages sur des notes couleur nuit du jazz. Mais hélas, la nuit se termine et le jour qui se lève emporte les rêves.
Mais au fait, qui a dit qu’il fallait bien une fin?
Alors, pour que ne finissent pas les songes d’un Festival qui Respire le Jazz, la famille Perchaud et tous les bénévoles, nous emmènent tout au long de cette dernière nuit dans un rythme effréné, fou, qui décoiffe, transperçant la tête, vous rentre au cœur ravageant l’âme au passage. Pour cela, c’est Old School Funky Family qui débarque sur scène, et là, dès les premières notes, tout chavire. Les plus jeunes des auditeurs se lèvent et dansent puis, le reste du public se joint à eux, la foule alors spectatrice entre en transe et tout bouge, sur les planches autant que sur la paille qui couvre le sol. Je veux bien croire que nous sommes dans une ancienne abbaye mais quand même, quelle communion!
Old School Funky Family c’est « Faire de la musique sérieusement sans se prendre au sérieux » vous diront-ils. Et c’est vrai que Paul Antoine Roubet au sax soprano, Ilyès Ferfera au sax alto, David Mimey au sax ténor, Julien Buros au sax barython, Arthur Guyard au clavier, Joël Riffard à la guitare, Pierre Latute au sousaphone et Jérôme Martineau-Ricotti à la batterie se sont sérieusement mis à ne pas être sérieux, et quel bonheur! Pour cela ils nous ont servi un panel de morceaux. Il y avait entre autre: « Bûche, Kampala Raffut, Dean town Cupids, BBC, Monodies, Sachet, Big Blow Tonus, Fun in space Jungle » et après, musique jusqu’à n’en plus finir pour le plus grand plaisir de tous.
Les notes jaillissent de toutes parts; d’un des sax qui bougent tout le temps et en tous sens, d’un clavier fou où là c’est le pianiste lui-même qui ne tient pas en place, d’un guitariste démoniaque aux doigts jouant frénétiquement avec les cordes, d’un roulement de caisse frappé et de cymbales martyrisées par un batteur ne tenant pas en place sans oublier, bien-sûr, le sousaphone qui rythme de ses vibrations basses le bouillonnement de notre sang qui nous anime. Elles bondissent ces notes, par-dessus les planches et éclatent dans nos têtes déjà ailleurs.
Nous sommes partis, les coeurs vibrent, les corps bougent et tout remue dans nos crâne.
Nous sommes dans les étoiles qui brillent dans nos yeux d’enfant.
Quel bonheur de finir comme cela où tout nous emmène déjà à l’année prochaine.
Ce soir, c’était à mon tour de fermer, pour vous, les portes de l’abbaye de Puyperoux de « Respire Jazz Festival 2022 » pour Action Jazz.
Vivement bientôt…
Par Philippe Marzat, photos Alain Pelletier
Galerie photos
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