Dorota Piotrowska & Sound Circle « Voices of Human Consciousness »

4 étoiles

Greg Osby – saxophone
Hildegunn Øiseth – trompette, bukkehorn
Tarek Yamani – piano
Ameen Saleem – contrebasse
Dorota Piotrowska – batterie
Barbaro Crespo « Machito » – percussions

Invités :
Sanem Kalfa – voix
Magdalena Grodzicka Myślak – violon
Jakub Myślak – violoncelle
Leszek Możdżer – piano

Titres :
1. Cambria
2. Upon
3.Saba H2O
4.Lost & Found
5.Psychomachia
6.Cyrille in Motian
7.Lothlorien
8.Spark
9.Circle I
10.Circle

Dorota Piotrowska, jeune batteuse, chef d’orchestre, et compositrice polonaise, tisse des liens entre les jazz new-yorkais et européen, en se permettant ici un métissage extra européen. Elle signe ici son premier disque, avec une équipe internationale, très diverse, qui apporte de nombreuses influences notamment orientales.

Elle décrit la démarche de cet album comme la « création d’une mosaïque », chaque musicien apportant sa contribution au travers de son héritage. Elle a une carrière déjà prestigieuse aux Etats Unis, et s’est entourée ici de pointures américaines (entre autre Greg Osby), européennes, libanaise (Tarek Yamani),  ainsi que ‘du percussioniste cubain Machito.

On sait que le métissage est source de créativité, et là, cette diversité culturelle contribue  pour beaucoup à cette sensation de sortir des frontières, dans lesquelles on peut parfois se sentir à l’étroit dans l’univers du jazz. Dorota signe « seulement » 4 morceaux sur les 10 de ce disque. 

Les morceaux sont très écrits, d’une durée importante (souvent plus de 7 minutes), avec des passages très différents, du tempo, au thème ; d’où une impression de pièce à part entière : on est en dehors du classique « thème plus chorus ». Chaque titre est un véritable voyage.

L’album s’ouvre sur Cambria, morceau très doux de Greg Osby, où les voix se mêlent au saxo sur un thème d’aspect assez simple, complexifié par les interventions de Greg Osby au saxophone et Hildegunn Øiseth à la trompette.

Tarek signe ensuite 2 morceaux aux rythmiques plus complexes. Un premier  aux très belles harmonies évoquées par la trompette, et on part sur un swing très rapide, support d’un chorus très libre, au piano ou au saxophone. Le morceau alterne ces différentes ambiances. Une belle réussite.

Saba H2O, aux accents clairement orientaux, fait la part belle à la trompette et au saxophone. Le piano omniprésent et la rythmique soutenue évoquant une course poursuite. Tarek Yamani impressionne :  monte et descend le clavier très très vite. 

Lost&Found, plus intimiste, déstructurée, là encore, ambiance orientale avec l’oud sur des nappes au piano de Leszek Możdżer, cette fois. 

Cyrille in Motian, de Greg Osby, à l’esprit très free, permet aux percussions cubaines de s’exprimer plus inténsément.

Les titres de Dorota (4,8,9,10) sont très différents du reste de l’album ; ils ont un côté plus expérimental, avec des structures originales ; notamment Psychomachia et son thème inquiétant, ainsi que Lothlorien, l’ensemble appuyé par de nombreuses et lumineuses interventions de Tarek Yamani.

Spark, longue introduction de contrebasse, avant l’exposé d’un thème mid tempo, un piano très rythmique, et de belles interventions de trompette.

Circle 1, titre court, sans thème affirmé, aux accents d’asie centrale. L’album se referme sur une très belle ballade chantée, Circle, simple et douce, appuyée par un thème au bukkehorn.

C’est certes le disque d’une batteuse, mais elle est discrète sur le disque, dans la présence efficace et pas la démonstration. Elle réalise ici un album très original, emprunt de liberté, de diversité, mêlant des sonorités diverses : de l’oud, aux accents d’asie centrale, des percussions cubaines très présentes, certains chorus évoquant le free, des structures plus classiquement jazz, des thèmes originaux et des structures suprenantes. De très belles ambiances. Une réjouissante surprise.

2026 – INNER CIRCLE MUSIC 

Par Pierre-Yves Miroux