Rocher de Palmer, samedi 2 mars 2024

Photo Rocher de Palmer ©

Jason Mist

Une belle première partie folk hybride aux accents pop, rock, reggae, ceux de musique indienne et du Pacifique !

Jason Mist, guitare slide

Sroka, basse

Kévin Lika, batterie

Partez loin tout de suite avec eux dès le début road movie. Et puis, les voix appellent au voyage, pendant que la batterie et la guitare basse balancent le paysage. Choisissez les décors qui vous parlent mais préférez les étendues. Ça balance juste ce qu’il faut pour s’évader, à petite vitesse et attraper l’air doux de la scansion légère. Ouvrez les yeux, les autres…

 Les premiers accords d’Always on the move provoquent toujours une légère rotation des hanches comme un envahissement complice grâce à la richesse délicate de la guitare slide de Jason Mist, et les voix ensorcèlent et manifestent. La batterie de Kévin Lika maintient la dynamique, mais les guitares sont là pour ralentir le morceau quand les voix l’enchantent.

 On entend ensuite les battements d’un cœur et sa tendreté, il permet au chanteur Jason à la voix ample, charnue et un tantinet voluptueuse alors un peu reggae, d’extraire la beauté par-delà un monde abîmé.

 Il en va ainsi des Ups and downs.  Le bassiste Sroka étoffe les morceaux, leur rajoute de subtiles couleurs. Les mots roulent avec la musique, habilement accompagnés du steel cher au blues, dont les cordes chantent comme une lamentation élégante, bruissante et profonde.

Le dernier morceau amplifie chaque note pour en révéler les échos, les mystères, les enchantements. Un tempo aux ralentissements langoureux embarque vers l’inconnu aux brumes attirantes où l’on pourrait avoir envie de se perdre, heureux de cet abandon. Une avancée Step by step dans l’inconnu.

A suivre…

Delgrès

Pascal Danae, guitare, chant

Baptiste Brondy, batterie

Rafgee, sousaphone

Delgrès est une musique à pulsations, à électrochocs répétés. La batterie de Baptiste Brondy engage cette musique revendicatrice, volontaire, le sousaphone de Rafgee frétille, sorte de radar à vigilance, la voix de Pascal Danaé réclame une vie ici… Les prières altruistes retrouvent les teintes du blues mais le tempo rocke sévèrement ! La batterie assure la régularité du morceau pour laisser la voix de Pascal Danae donner son meilleur.

 Les paroles vigoureuses, la voix puissante de Pascal sont des hymnes à la liberté pour soulever les frontières, tout quitter. On en tendrait le poing ensuite de complicité, de révolte à partager.

 C’est aussi un voyage à dos de musique cavalcadante. Prenez le galop d’un cheval lancé dans de grands espaces, respirez à fond ; la guitare ponctue les paroles. Liberté, liberté, tout défaire dit Pascal. 

Après ça, si vous restez assis, il n’y a plus rien à faire pour vous !

 Des accents de reggae pour le leitmotiv, les cheminements sont en fait des lieux de solitude, et pourtant le chanteur sollicite le public afin de l’accompagner dans cette quête.

 Pourquoi, pourquoi, on en est toujours là ? Bonne question simple et pourtant… Réponse : fuyez ! c’est l’appel à une insurrection libertaire, la musique en étendard, symbole d’émancipation et de partage…

Quelques battements avec un public conquis, joyeux, et la batterie s’envole, les spots de la scène la suivent.

 Cette musique mixte créole navigue sur des eaux chaudes, Mettre les voiles (vers les Antilles) et pas si paisible qu’on pourrait le croire, mais elle se colore d’espoir, le risque amoureux, qui peut adoucir une certaine mélancolie parce qu’il n’est d’avenir que le souhait d’un arc-en-ciel… Ces désirs-là coulent alors dans nos veines, mots d’union, ouvert vers l’universel. Une trompette espère au loin, prometteuse et déchirante à la fois : il y aura des lendemains ?…

 Le batteur a laissé son instrument pour une guitare. Pascal Danae nous raconte un voyage en Suisse. Par une belle mélodie, il traduit ce sentiment du migrant qui prend chemin, s’éloignant des siens pour trouver de quoi vivre, déraciné et pourtant rassuré de vivre là où la traversée l’a amené. Sentiment paradoxal, de racines déterrées vers le désir ou la nécessité d’exister dans une autre contrée.

Mêlant le créole et le français, le chanteur libère le langage, l’invite à la richesse du déplacement, soucieux tout de même et respectueux de l’origine. C’est un métissage nourrissant, d’ailleurs le public ainsi encouragé s’est mis à chanter.

 Le batteur a repris la cadence, la Louisiane nous accueille, même si « On ne peut pas tout le temps (y) vivre. Tour de piste des luttes sociales avec la force de la musique mixte qui traduit les revendications par la vivacité des instruments, leur frénésie et leur fantaisie.

Les instruments s’affolent, la guitare jerke, le sousaphone ne lâche jamais l’affaire !

 Je ne sais si c’est une révolution qu’il faut faire mais un soulèvement oui ! quand les voix encouragées pas le rythme des mains bluesent, difficile de ne pas partager une telle liesse, mais attention la condition c’est de rester lucides, de manifester son refus de l’oppression.

 Dire que ça swingue est un euphémisme, il y a bien longtemps qu’on a décollé du sol. Cerise sur le gâteau, partage absolu, le public est devenu musique ! Pieds et mains martelant le rythme.

Delgrès finit par On ne peut pas laisser faire ça ! Non, on ne peut pas… sauf leur musique…

Par Anne Maurellet