Pronto !

Daniel Erdmann : Sax Ténor, Compos / Bruno Angelini : Piano / Hélène Labarrière : Contrebasse / Christophe Marguet : Batterie, Compos

Un bonheur que de retrouver le son chaleureux, soyeux du ténor germanique. Pas si Teuton que ça d’ailleurs, plus souvent à Paris ou à Reims qu’à Berlin, ce qui nous permet de ne pas louper une miette des multiples projets du monsieur. Cela devient compliqué d’ignorer ce prolixe ténor du sax européen : outre le rôle de tiers de trio de l’emblématique groupe libertaire « Das Kapital « , il joue aussi avec T.Ceccaldi (Velvet Revolution), H.Texier, H.Sauer … , collabore avec danseur, peintre , et se retrouve bardé de prix, distinctions et autres signes de reconnaissance … largement mérité.
Compagnon de route du saxophoniste depuis 2010, la liste des références musicales de C.Marguet ressemble plus à un annuaire jazzistique qu’à une carte de visite ! En vrac : B.Wilen, T.Curson, E.Rava, M.Ducret, L.Sclavis, M.Portal … et tant d’autres… autant ce jeune et talentueux batteur pouvait paraître avoir pris la « grosse tête » , tant il est facile avec cet instrument d’en mettre partout jusqu’à étouffer ses petits copains de jeu. Faiblesse de jeunesse sans doute, le temps, l’âge, le respect des collaborateurs, l’écoute indispensable des partenaires font que « Tout est pardonné » ! Reste le plaisir d’entendre un des plus inventifs batteur de son âge, de son temps, du continent ! Les distributeurs de 1ers prix (Django, Talents jazz, Choc, ffff…) ne s’y sont pas trompés.
Un quartet ne se monte pas à 2, donc, on invite 2 autres, au niveau, pour le faire, et bien le faire ! B.Angelini se détache de la masse des pianistes actuels, non seulement de par sa technique -tant de bons pianistes peuvent le suivre- mais bien plutôt du feeling qu’il trimballe, réussissant à mettre des « notes bleues » dans des compositions contemporaines des plus ardues, faire swinguer des mesures au nombre de temps incertain, ramener à la lumière des extractions sombres tirées de mine introspective. On connaît son magnifique travail avec R.Huby et C.Tcham, un peu moins ce qu’il fait avec F.Bearzatti, et … E.Perraud (Tiens tiens, un autre tiers de D.K.)
Avec de tels partenaires, il fallait une grand’mère avec un gros son… et des choses à dire ! Née suffisamment tôt pour croiser les grands anciens qui lui montrent le métier : S.Hampton, L.Konitz… tout change définitivement lorsqu’elle découvre le son et l’esprit libertaire de C.Haden. Elle n’a alors de cesse d’explorer toutes les facettes de La musique contemporaine, trad., chanson réaliste, théâtre engagé… on arrive ainsi à ce qui nous occupe aujourd’hui : l’expression libre, le free jazz, la musique improvisée ! Outre ses apparitions chez T.Hymas, S.Goubert, S.Kassap, Hélène Labarière enregistre 2 albums avec son quartet : F.Corneloup, C.Marguet et… H.Poulsen : re-tiens tiens, le 3ème homme de D.K. !
Voilà, tout le monde est là, prêt, Pronto !, prompt. On a abandonné les pensées parasites à la porte du studio ; les muscles des doigts, mains, bras et cerveau sont affutés ; oreilles et regards en alerte, prêt à attraper le jeu à la volée,à la 1ère note, comme un disque au tir… et Hop ! c’est engagé ! Des mélodies bien présentes malgré un traitement un rien harmolodique, batteur fou installé sur une assise imperturbable et évolutive de la basse, piano qui ne peut s’empêcher de prendre son temps pour le/se dépenser à bon ton/bon droit/bon escient, essieu essentiel entre contrebasse et batterie, c’est à qui emmène les autres sur la voix du rêve, des (belles) chansons, et du swing ! Et le saxophone se promène, au milieu de ces/ses morceaux, de ses amis, de ses idées et intuitions. Quel beau son de ténor ! soyeux, velouté, mais incisif aussi, accéré, la marge est faible entre douceur et rage, rêve et combat, le moment de bascule reste intempestif, impossible à calculer, juste pour ne pas s’endormir sur les prémisses d’une balade qui a vite fait de faire place au parcours de combattant, imaginant ses propres embûches, pièges et résolutions, et, enfin,se lover enfin dans un douillet refuge où se cachait l’histoire féérique du début. Avec parfois, un petit quelque chose de J.Henderson qui permettrait de se reposer sur du connu… que nenni, la route continue avec ses surprises, ses heurts, des images chatoyantes qui se salissent, dégoulinent d’une pluie de suie, puis réapparaissent lavées, séchées, re-colorées avant de distribuer d’autres cartes d’un jeu inconnu, néanmoins presque familier, mais non, pas encore, il faudra encore de nombreuses écoutes avant de repérer les pulsions, les détentes, les à-coups, les silences et les cris de cet opus plein de surprises et de plaisirs, de douceur et de mystères, de jolies mélodies, de rythmes irrésistibles, d’impros discrètes ou totales. De grandes richesses pleines de simplicité, évidences complexes et enchainements souples. Facilité trompeuse d’un vrai travail de groupe pour un parfait équilibre d’éléments similaires ou contradictoires toujours remis en jeu rien que pour le plaisir de jouer avec les notes … et nos réflexes émotifs.
Alors… Prêt ?

Chez : Mélodie en sous-sol/L’Autre distribution
Par : Alain Fleche

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