Arnaud Dolmen et le Vitygroove au Rocher de Palmer – 10 septembre 2026

Ona Mae trio
En première partie, Ona Mae a été une belle découverte humaine et musicale.
Le trio est composé de Mariona Villadelprat anthropologue, auteure -compositrice et interprète au chant, au Kamale ngoni et au pandero cuadrado, d’Andoni Ferraris aux claviers et de Paul Magne à la batterie.
Ona Mae tisse un pont entre l’Espagne dont Mariona est originaire et l’Afrique de l’ouest. La compositrice nous confie qu’elle a découvert la musique assez tardivement, quand elle est devenue mère. Cette expérience a bouleversé sa conception de la vie, elle a alors décidé de vivre pleinement sa passion en éprouvant la puissance et le pouvoir de sa voix.
Au fil du concert, dans une ambiance qu’elle a su rendre à la fois universelle et intimiste, on a eu la certitude que cette multi-instrumentiste autodidacte se trouvait exactement là où elle devait être.
Ona Mae invente une musique solaire où la légèreté des percussions et le son du kamale ngoni nous enveloppent d’une énergie positive.
Cet instrument acoustique à cordes pincées, originaire du Mali mérite qu’on s’y arrête un instant. Il appartient à la famille des harpes et signifie littéralement « guitare des jeunes ». Pour fabriquer l’instrument, on pratique une ouverture au sommet d’une calebasse évidée, on vient tendre une peau de chèvre avec des clous et l’on fixe un chevalet à travers lequel passent les cordes. Il y en a généralement six, le musicien pose ses doigts sur l’assise de l’instrument.
Ona Mae nous a embarqué dans un voyage onirique métissé d’influences latino-américaines et mandingues, faisant surgir des compositions tout à la fois festives et envoûtantes, ouvertes sur le partage et la transmission. Le moment fort du spectacle fut quand Mariona assise au sol, auréolée de lumière, a interprété « le ritmo de panaderas » sur sa calebasse, en mémoire des victimes de la famine qui a sévi en Espagne lors de la guerre civile en 1936. Ce chant de travail initié par les boulangers est devenu en Espagne du nord un hymne libre et engagé. Instant magique et bouleversant.
Tout au long du concert, le public a été invité à participer à l’écriture de ce carnet de voyage, des paysages sonores uniques ont émergé de la complicité entre la harpe mandingue à la sonorité mystique et la modernité de la texture électronique des claviers ; l’émotion a point à travers les intonations vocales ou l’effleurement d’une cymbale.
Une belle rencontre empreinte de poésie et d’émotion.
Premier album en 2022 : Cancion Acuarela
Le second album Cerca Del Sur est paru en 2025.
Set list:
Canto a la luna
Buleria Mandinga
Iana Koba
Panaderas
Amy Fall Kanakasi
Chant Marin
https://www.youtube.com/watch?v=PU4sahksgns/

Arnaud Dolmen et le Vitygroove
Arnaud Dolmen : Batterie, Chœurs
Gabriel Gosse : Guitare, Chœurs
Swaéli Mbappé : Basse, Chœurs
Adriano Ténorio : Percussions
Carl-Henri Morisset : Piano, Synthé, Chœurs
Bercé dès son plus jeune âge par les rythmes caribéens et la pop des Antilles françaises comme le zouk ou le kompa, Arnaud Dolmen a commencé par étudier le ka, le tambour traditionnel de la Guadeloupe, et les rythmes traditionnels du gwoka avant de se tourner vers la batterie.
Il est rapidement devenu une figure incontournable de la scène jazz actuelle, son palmarès époustouflant a trouvé son acmé quand il a été nommé Révélation en 2022 et Artiste Instrumental de l’année en 2025 aux Victoires de la Musique Jazz.
Sideman plébiscité par l’ensemble de la profession, il est également à l’initiative de nombreuses collaborations qui transcendent les frontières stylistiques, tel l’album LéNo enregistré avec le pianiste Leonardo Montana, l’Adjusting quartet, The Getdown ou encore le Vitygroove, et cette liste est loin d’être exhaustive. Action Jazz se fait régulièrement l’écho de son actualité artistique mais qui peut dire sur combien de projets travaille Arnaud Dolmen ?
Ce soir, c’est avec le Vitygroove que nous le retrouvons, le groupe s’est formé il y a trois ans durant la résidence à la Dynamo de Banlieues Bleues, les compositions s’inscrivent dans la lignée de l’album Head Hunters d’Herbie Hancock en mêlant groove, textures électriques et voix.
Le batteur mélodiste s’est entouré de la fine fleur du jazz contemporain pour lancer un projet audacieux qui met sur orbite l’héritage du gwoka en habillant les rythmes caribéens de couleurs contemporaines.
Les cinq musiciens sont installés en demi-cercle sur scène et dès le premier morceau, Tombé Lévé, on appréhende la puissance de la musique dont l’architecture mélodique complexe permet à chacun de développer des chorus énergiques sans perdre le fil des chants créoles.
Au centre, Arnaud Dolmen dirige l’ensemble avec le sourire et nourrit l’orchestration de joutes malicieuses avec Adriano Ténorio. Son drumming subtil et précis irrigue chaque composition.
Le groove électrisant de Swaéli Mbappé s’épanouit pleinement au sein d’une section rythmique de haut vol. Doté d’une exceptionnelle technique d’improvisation jazz, il délivre des lignes de basse lourdes et mélodiques, incontestablement, il a su se faire un prénom.
Quant à Gabriel Gosse, il occupe le devant de la scène, sa guitare incisive vibre dans de longues improvisations captivantes. Aux claviers, Carl-Henri Morisset déploie un jeu vif très rythmique, sa formation et ses racines haïtiennes sont en parfaite harmonie avec l’approche musicale ouverte du Vitygroove. Adriano Ténorio aux percussions fait circuler avec fluidité les rythmes caribéens. Lui aussi est très à l’aise dans la culture du groove et l’improvisation, il insuffle de l’intensité grâce à un jeu souple et inventif et prend un plaisir jubilatoire à répondre aux saillies aériennes mais profondes d’Arnaud Dolmen.
Les titres s’enchaînent, présentés par le leader ou Swaéli Mbappé. Le public est invité à se lever pour interpréter l’emblématique On Dimanch Maten qui a été composé pour la compilation des quarante ans de Jazz à Vienne.
Pour faire redescendre la température qui est montée d’un cran, le Vitygroove interprète la balade Bahia dédiée aux petites filles d’Arnaud Dolmen. Les riffs de Gabriel Gosse scintillent de légèreté, Carl-Henri Morisset déploie un long chorus riche en variations et tisse un écrin chatoyant au chant traditionnel qui s’élève. Sur cette composition, l’alchimie entre jazz contemporain et gowka fonctionne à merveille, la section rythmique devient un laboratoire de sons.
Swaéli Mbappé s’improvise chauffeur de salle et nous rappelle que dans Vity du Vitygroove, il y a gravité. En effet, les musiciens se déploient autour d’un même épicentre nourri d’improvisation et d’écoute mutuelle dans un mélange d’énergie brute et de raffinement.
Vient ensuite Masla, ce titre fait référence aux carnavals antillais. Une musique flamboyante s’élève, ancrée dans la tradition, chantée là aussi en communion avec le public debout. Le rythme s’accélère, les pulsations s’emballent, la transe n’est pas loin et les jeux de lumière à dominante rouge soulignent l’intensité du moment.
Pour le rappel, chacun improvise sur le thème et Gabriel Gosse, dans un chorus foisonnant, dynamite le morceau, entraînant ses compères dans son sillage électrique.
Merci à Arnaud Dolmen et au Vitygroove d’avoir partagé avec nous leur musique bienfaisante.
La bonne nouvelle est qu’un premier album devrait sortir l’année prochaine !
Par Christine Moreau, photos David Bert
https://music.youtube.com/watch?v=cWOdl6fbOV8
Galerie photos :















































