Étienne Guéreau – L’élève est le maître
Essai sur l’épanouissement artistique

Étienne Guéreau est un pianiste confirmé, compositeur (2 disques salués par la critique), remarqué par Enrico Pieranunzi, Hal Gasper…, accompagnateur recherché (Guy Marchand, Maurane…), écrivain (2 romans, des nouvelles et des ouvrages pédagogiques), créateur d’un site d’analyse : Piano Jazz Concept en 2020. Bref il sait de quoi il parle et a raison de le dire !
Un bréviaire pour artistes (et pas que musiciens), de tout âge, tout niveau, pour enseignants occasionnels ou professionnels et autres curieux désirant comprendre la vie des gens qu’ils adulent… Couvre et répond à toutes les questions qui surgissent pendant la vie d’artiste, interrogations d’usage et d’évolution, doutes inévitables, obstacles occasionnels. Écrit de façon humaine, directe, avec élégance, lucidité, humour et pertinence… en courts chapitres facilement accessibles. Il aborde :
L’élève et son environnement familial (musical, financier), la charge de parent célèbres… Les relations et rencontres liés à l’évolution permanente et à son appréciation…
Attention cependant au leurre des réseaux sociaux.
Nécessité d’un maître qui l’accompagne et le rectifie, d’autant s’il est physique et non virtuel… mais surtout compétent, adapté au niveau requis. Attention à l’attachement qui peut nuire au vécu de la fin de la relation lorsque le travail envisagé est réalisé.
On passera rapidement sur les diplômes qui n’ont pas la pertinence d’une jam ou de compétences concrète, in situ.
La formation artistique, jeu de construction à plusieurs,
Don et travaille. Facilité qui risque de réduire les efforts devant les difficultés passagères, rigueur pour l’élève résolu qui aura plus de chance de venir à bout d’un cursus périlleux en progressant grâce à l’enregistrement du geste, la patience et l’implication de soi-même, sans oublier le repos indispensable à l’évaluation des progrès selon la méthode suivie et son bien-fondé.
Limites de l’amateurisme, pièges de la profession. Évolution limitée, choix de carrière imposés (?).
La scène et le public. L’art est une communication, un partage… mais pas toujours avec tous. Les tournées, la fatigue, l’attente, l’ennui…
Bien sûr : Dangers de l’alcool et des drogues qui collent à l’image (et au corps) du marginal sans lui donner les pouvoirs qu’ils en prétendent. Nombres grands artistes ont produit des prestations minables car trop défoncés, sans les rendre plus imaginatifs pour autant, mais plutôt…ailleurs !
L’argent. « Ça eut payé, ça paye plus ». C’est vrai, le disque a supplanté les orchestres ‘live’, puis sont apparus les claviers magiques, les D.-J., effondrement du marché du disque, guerre du streaming… Reste souvent la solution d’enseigner… pour ceux qui en ont la capacité, et un vrai désir !
Pire que l’angoisse de la fausse note, le doute sur l’armature d’une grille : le trac ! On en parle ? Oui, en on le soigne. On n’a jamais peur que de soi-même. Un soi-même qui peut devenir envahissant avec ses pensées parasites au mauvais moment, solution : lâcher prise et se recentrer sur le présent… et l’ (s’) accepter.
Accepter ses limites. Se contenter du meilleur que l’on est capable de produire, ceci induisant une certaine quiétude, (encore) une histoire d’égo à gérer…
Évidence trop souvent oblitérée : l’apprentissage (d’un morceau) passe par la lenteur qui permet de se voir jouer et de traiter les difficultés sereinement.
Autre maladie : trop de sensibilité à la critique. Positive ou non, cela reste au moins un signe d’intérêt. Et puis cela ne regarde que l’auteur et ses propres critères, de plus : l’unanimité est toujours suspecte. Elle peut être considérée comme conseil, un point pas assez étudié, à travailler encore…
De même pour la notion d’échec, qui échappe à toute définition lucide, cela reste toujours l’idée qu’on s’en fait ! Analyser, accepter, transcender pour surmonter le fiasco et préparer la revanche.
Trouver un son, un style : ce qui se trouve au plus profond, au centre, dans la tripouille, une quête de soi, du Soi !
Nous ne sommes pas nés sur une terre vierge, alors il nous faut assumer le passé et ses influences sur le présent qui reste à construire. L’art spontané, l’impro libre le sont-ils vraiment ? Faire fi de l’apprentissage, l’éducation, le cheminement jusqu’à cet instant… ou tendre vers la suite logique d’un parcours ?
Avec son choix de langage, ses prises de risques, refus de la facilité, errements, tâtonnages, la recherche de style se fait dans l’audace, l’authentique, la sincérité. On peut aussi se contenter d’être juste bon !
Quelques pages sur le rôle et la place du ‘maître’. Généralement un ancien élève capable de guider ceux qui désirent emprunter le chemin qu’il a déjà parcouru et qui a réussi à évacuer son égo, qui n’impose pas la méthode qu’il a suivi comme seule possible et idéale mais fait preuve de pédagogie, de respect et l’adaptation à ses élèves, de leurs désirs et capacités, quitte à transgresser ses propres certitudes. Et éviter de tomber dans l’effet gourou, en ne restant qu’un guide attentionné.
Enfin, un dernier chapitre sur l’IA, l’outil numérique capable de reproduction, pas de création réelle sauf d’un substitut de ‘muzak’, d’un produit commercial, mais, pour l’instant, incapable de sensibilité, d’émotion et de réelle surprise, d’inattendu pertinent. La machine imite, elle ne devance pas. Un domaine échappe à l’IA : le spectacle vivant. L’homme est un animal sociable avec le besoin de se rassembler, la nécessité d’altérité, de communication humaine, de communion.
D’après l’auteur : « Les années de travail personnel, de sacrifices et d’abnégation ne sont pas perdues, car la sincérité, l’humanité qui jaillira des partitions et des instruments, aucune machine ne sera capable de la restituer. » Ouf !
Conclusion : un bouquin essentiel à conseiller, à prêter, à offrir à tous créateurs et spectateurs (auditeurs) confirmés ou amateurs, plein de bon sens, de bons conseils et de sincérité… un compagnon de route indispensable !
Chez : H&O éditions
Par : Alain Fleche





















