Leïla Olivesi – African Rhapsody

Leïla Olivesi : Piano, compositions
Baptiste Herbin : Saxophone alto
Adrien Sanchez : Saxophone ténor et flûte
Jean-Charles Richard : Saxophone baryton et soprano
Quentin Ghomari : Trompette et bugle
Manu Codjia : Guitare
Yoni Zelnik : Contrebasse

Donald Kontomanou : Batterie

Invités :
Poetic Birds : Groupe vocal (sur les 3 derniers
morceaux de l’album).
Camille Bertault : Chant (Blue Chinguetti et Aurore).
Olga Amelchenko: Saxophone alto (Aurore)

Au vu du line up, il est évident que les projets portés par Leïla Olivesi emportent l’adhésion des meilleurs musiciens de la scène jazz actuelle. Née en 1978 en Normandie d’un père mauritanien et d’une mère corse d’origine marocaine, elle est titulaire d’un Master en Philosophie et a récemment décroché un doctorat en Musicologie. La jeune femme, lauréate du prix Django Reinhardt en 2022, est une artiste prolifique qui cumule les titres de pianiste, compositrice et cheffe d’orchestre.

Son septième album, African Rhapsody, le troisième en grande formation après Suite Andamane en 2019 et Astral en 2022, rend hommage à ses racines africaines en se plaçant sous l’égide des représentants emblématiques du mouvement de la Négritude.

La force de ce nouveau projet réside dans le mariage réussi du jazz et de la poésie.

Leïla Olivesi écrit avec élégance des morceaux complexes qui confirment un talent évident pour diriger une orchestration, elle confectionne du « sur mesure » qui met en lumière la richesse de chaque timbre. Nous avons vu au début de cette chronique qu’elle sait bien s’entourer. Au fil des projets, l’entente et la complicité entre musiciens n’a fait que croître et cette belle cohésion s’entend.  Elle peut s’appuyer en toute confiance sur un noyau dur indéfectible composé de l’excellent Manu Codjia, compagnon de route de longue date qui déploie de longues nappes lyriques et colorées et d’une rythmique fluide qui associe le contrebassiste Yoni Zelnik et le batteur Donald Kontomanou. Les deux hommes se connaissent bien, sont habitués à jouer ensemble dans plusieurs formations, la qualité de leur écoute, leur jeu subtil et nuancé met en confiance et libère les improvisations. Quant à la section cuivres, elle est constituée là aussi de solistes de premier plan qui ne produisent pas un effet « Big Band » mais enrichissent de leur tressage harmonique la palette instrumentale. Au piano, le jeu très mélodique de Leïla peut se déployer grâce à un phrasé net qui tisse des harmonies chatoyantes.

La dimension vocale sublime cet hymne à la liberté, enrichit avec profondeur et intensité l’esthétisme musical : La chanteuse Camille Bertault apporte fraicheur et sensualité tandis que la chorale formée par les 12 chanteurs des Poetic Birds amplifie la spiritualité dégagée par les poèmes.

Parcourons quelques pièces de cet album qui s’ouvre sur African Rhapsody : La qualité de l’écriture des mouvements et les célestes volutes délivrées par les « soufflants » dévoilent un projet ambitieux et rayonnant.

Le délicat Blue Chinguetti nous emmène dans les dunes de Mauritanie pour un voyage en apesanteur qui met en valeur un beau solo « mâtiné rock » de Manu Codjia et les vocalises aériennes de Camille Bertault. La chanson Joy composée à l’origine pour un chœur d’enfants est empreinte d’une sensualité qui évoque des rythmes brésiliens, illuminée par les chorus des solistes Quentin Ghomari et Baptiste Herbin.

La virtuosité vocale de Camille Bertault transcende le voluptueux poème Aurore de Djamila Olivesi la mère de Leïla, sa voix s’échappe, épouse le souffle de l’alto d’Olga Amelchenko, ici encore, l’interaction entre musiciens est superbe.

Quant à la magnifique chorale des Poetic Birds, elle reprend trois mouvements issus de la Rhapsody in Black créée en 2024 par Leïla Olivesi autour de poèmes de David Diop et Léopold Sedar Senghor qui rappellent les souffrances de l’esclavage et revendiquent la fierté d’être noir. C’est avec un extrait de New York, le puissant poème de ce dernier que se referme l’album sur l’orchestration d’African Rhapsody.

Brillante ambassadrice d’un jazz contemporain, Leïla n’oublie pas de célébrer deux musiciens qu’elle affectionne particulièrement : Le superbe Wayne left Town, gorgé de swing, est empreint de tout le respect que lui inspire Wayne Shorter. Elle interprète Little African Flower en hommage à l’héritage laissé par Duke Ellington : il a été le sujet de sa thèse en Musicologie. L’apposition de « Little » témoigne de l’immense admiration qu’il lui inspire.

En offrant cet écrin magnifique à l’Afrique de ses origines, Leïla Olivesi signe une fresque autant poétique que politique et poursuit la construction d’une identité artistique qui allie la rigueur de l’écriture à la richesse de l’improvisation.

A la tête d’un octet de haut vol et à travers une musique libre et solaire, elle confirme son statut de cheffe d’orchestre et de compositrice de premier plan.

Christine Moreau

Label : Attention Fragile, ACEL.

https://www.leilaolivesi.com/

Sortie prévue le 17 Octobre 2025.