Simon Chivallon – Piano solo

Esquisses

[COUP DE CŒUR] Simon Chivallon a l’œil vif et les doigts très agiles, et sa dégaine d’étudiant souriant, un brin décontracté, ne doit pas faire oublier qu’en l’espace de quelques années, il est devenu l’un des musiciens incontournables de la jeune scène hexagonale. Pianiste surdoué, il a d’abord étudié au Conservatoire de Bordeaux, sa ville d’origine, puis au Centre des Musiques Didier Lockwood. Lors de son cheminement, il a fait de nombreuses rencontres, et a côtoyé des personnalités marquantes du jazz, lors de nombreux concerts, festivals et jam jusqu’au bout des nuits bleutées. Très actif sur Paris, on a pourtant grand plaisir à le retrouver sur Bordeaux, quand il vient faire sa fête au jazz avec ses potes du cru ! Même s’il excelle à divers claviers électroniques, et en aime sincèrement la pratique, il n’a jamais caché que sa vraie passion est le piano acoustique, dont il est désormais l’un des jeunes maîtres, reconnu par ses pairs. C’est d’ailleurs cet instrument qu’il avait choisi pour ses deux très remarqués premiers albums : « Flying Wolf » (Jazz Family – 2018) et « Light Blue » (Jazz & People – 2021). Pour « Esquisses », Simon Chivallon rejoint le label marseillais Paradis Improvisé, mené par Hélène Dumez, qui propose une magnifique collection d’albums de piano en solo, sous les mains d’artistes prestigieux, et dans des styles très variés, choisis par eux, ce qui fait l’originalité et la richesse de l’ensemble.  

Tout d’abord, le titre « Esquisses » évoque l’ébauche, le début d’un dessin, peut-être celui d’un dessein, le plus épuré soit-il, et ce n’est pas si éloigné de la passion de Simon Chivallon pour les formes et la peinture, le « Movement 1 » de Vassily Kandinsky n’ornait-il pas la pochette de son premier album, et le « Dieser stern lehrt beugen » de Paul Klee celle presque minimaliste de son second ? Ce désir de simplicité, servi par la pureté du son de Julien Bassères, déroule un fluide tapis sous les pas légers des dix thèmes qui défilent, porteurs d’une émotion où une joie couleur sépia, celle des jours heureux, papillonne, tels les insouciants petits papillons jaune du printemps.   

Un peu comme ce fut le cas sur « Light blue », Simon Chivallon nous propose divers morceaux qu’il emprunte à la chanson, au classique et aux standards jazz, et les retravaille à sa manière, comme un peintre joue des couleurs, pour les faire siennes, avec ses propres pigments et mouvements de pinceaux sur la toile de ses rêves. Sont ainsi invités à cet intime vernissage, aux figures volatiles, qui se succèdent en une vive défilade, Georges Brassens, Frédéric Chopin, George Gerschwin, Nino Ferrer, Django Reinhardt, Howard Levy et même Sonny Rollins ! Ce n’est pas rien ! Mais notre hôte ne dort pas et saura offrir deux de ses compositions dont la fraicheur de l’inspiration est délectable, servie d’une plume des plus inventives. En guise de conclusion, et comme y étaient invités les autres pianistes de cette collection, voici les mots choisis par Simon Chivallon pour les notes de sa pochette : « Le désordre des êtres est dans l’ordre des choses – Prévert ». Ce qui nous amène à rapporter la réponse qu’il nous fit à une question de fin d’interview accordée à la Gazette Bleue en 2021 : Si tu étais une devise ? Simon Chivallon : « Le loup alla à Rome et y laissa de son poil, mais rien de sa foi ». Tout est dit ! What else ?! © Cet album nous a conquis ! Oui ! Décidément, ces « Esquisses » sont exquises !  

Par Dom Imonk

Paradis Improvisé/L’Autre Distribution

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