LAURENT DEHORS / LOUIS SCLAVIS / BRUNO DUCRET / FRANCOIS CORNELOUP / HELENE LABARRIERE / DAVID CHEVALLIER

SAMEDI 19 SEPTEMBRE Église Notre Dame de Trois Palis 11h
LAURENT DEHORS SOLO
Pour commencer nature et culture se marient aisément dans une flûte en plastique rose…Il n’y a pas plus qu’à imaginer Rossignol et coucou.
D’autres petites formes suivent. Un seul instrument ne suffisant pas à ce prolifique Laurent Dehors, deux clarinettes à la fois font cheminer les notes dans un ciel léger.
Un son soyeux sort de sa clarinette contrebasse pour un swing des profondeurs aux arabesques des plus esquissées aux plus sculptées. Et pour finir avec élégance, juste le souffle.
Puis, la musique du vent dans d’étroites vallées, et, le bec de la clarinette basse remis en place, grondements, sillements, toutes les gammes d’un virtuose qui chatouille habilement les sons afin qu’ils restituent leur meilleur jus… La dégustation est assurée. Les pas menus, si l’on peut dire, sur les notes sont autant d’effets.
Quelques notes de Besame mucho pour le thème et Laurent décolle, des retours et des enjambées folles, un mélange d’affection et de fantaisie. Les notes sont des lucioles agitées, flirtant ici et là. Un hommage majestueux en fait.
Puis les sons étirés du sax ténor résonnent dans l’église de Trois Palis pour un sax un peu free.
Laurent nous rappelle les fonctions de la cornemuse, ici, musette cornemuse du centre France, -un morceau d’histoire- avant de la mettre en sons. Le Bourdon pour le fond et uns sorte de bourrée festive et rythmée pour le reste. Et un dérapage en perspective…
Pour finir, le regard vif de Laurent Dehors vers l’église est allé chercher en une fraction de seconde un air pour sa clarinette basse reprise, un swing affriolant, et un final sur la pointe des notes…

SAMEDI 19 SEPTEMBRE Salle du conseil mairie de Trois Palis 16h
CLAUDE PARENT ET GUILLAUME SOURIAU
CLAUDE PARENT (guitare)
GUILLAUME SOURIAU (contrebasse)
L’entrée dans le thème se fait douce et progressive, un tempo tendre pour l’approche, la guitare absorbe le Brésil, le doigté toujours fin de Philippe Parant part dans une chorégraphie solaire pendant que la contrebasse de Guillaume Souriau s’émancipe. Jolie construction de duo donc. Des éclats rouge et or, Mine de rien, avant de se rejoindre.
L’entente se poursuit avec une sorte de délicate bossa. Ça swingue en filigrane, un tempo enlevé avec des accords à la guitare mi-ombre, mi-solaire, la contrebasse ne faiblit pas pour ce Marché aux puces.
Une Ballade à la déambulation automnale, un brin de nostalgie, se densifie, les belles tonalités de la contrebasse l’accompagnent. Charming !
Fausse route est un morceau en forme de swing du bout des doigts pour les deux musiciens, au service du rythme mais toujours sur la crête. On en claquerait dans les doigts pour les suivre.
Toutes les compositions de Philippe Parant sont extrêmement stylisées, il n’y a qu’à écouter ce Post scriptum, la contrebasse prend la main pour cette conversation feutrée.
Les mélodies sont gracieuses, ciselées, et les doigts agiles de Guillaume Souriau répondent précisément à la dentelle harmonique de Philippe Parant. Ils s’harmonisent avec tant d’aisance pour cette Déclaration d’impro.
Notes cristallines de part et d’autre pour élaborer ce boléro, mélange de retenue, presque de pudeur et de tentations d’expressivité, un contraste apparent, le tout d’une personnalité, une aventure de Bob Laireau.
Ils poursuivent avec une partition savante, aux accents à nouveau brésiliens, les deux entremêlent les instruments.
Un rappel tout en groove, les cordes de Guillaume frisottent, une respiration onctueuse pendant que la guitare de Philippe chante.

SAMEDI 19 SEPTEMBRE Foyer communal de Trois Palis 20h
DUO SCLALIS / DUCRET
LOUIS SCLAVIS (clarinettes)
BRUNO DUCRET (violoncelle)
Vous voyez quand un violoncelle raconte une histoire dès les premières notes ? Une façon d’intégrer son être dans le jeu, dans le balancement de la main sur l’instrument, un coeur lourd battant, et la clarinette basse qui répond à la cadence obstinée. Un regard complice – ça fait tant de bien-.
Les sons absorbent la magie des deux transmetteurs d’émotion, le violoncelle de Bruno Ducret vibre au contact d’un archet sillonneur, la clarinette au son clair de Louis Sclavis se déploie avec des circonvolutions fines. Ça n’a pas d’âge, mais une liberté de propos. C’est une déambulation musicale, des tremblements yiddishs, des des envolées aux cordes, des respirations sporadiques à la clarinette, quelques suffocations, un thème Affaires courantes, construit par le rythme pour un documentaire de Mosco Boucault de 2008.
Au souffle intermittent de la clarinette, le violoncelle offre la disharmonie, le grincement et pourtant ça fait bien musique, un univers angoissant, un espace aux obliques dérangeantes.
Suivent des montées pesantes pour un morceau aux couleurs indiennes et le son de Louis Sclavis qui s’éclaire toujours, avec un swing qui, passée une élégie s’élève, atteint de hautes plateaux, libère la musique. De longs brames viennent magnifier l’instrument, du plus profond au plus clair.
Bruno Ducret commence le souffle d’une sorte de Bach, sensible à la plainte de l’instrument, à ses glissements, ses vibrations, ses miroitements somptueux, et Louis Sclavis s’y glisse toujours dans l’étrange, les mouvements de vents incertains, Wind and wind. Au milieu, une cavalcade des deux, puis la définition d’une paix sereine. Les sons insolents modèlent une nouvelle musique qui nous apporte une liberté autre, des espaces insoupçonnés, où les duos s’entendent, s’accordent autrement.
La clarinette de Louis Sclavis frémit de toutes parts pendant que Bruno Ducret siffle, c’est vrai que le vent, l’air passe à travers le morceau. Les sensations sont déplacées.
Encore des souffles, plus près des instruments cette fois-ci, et un rythme comme leitmotiv au violoncelle laissant la clarinette rayonner, entêtée tout de même dans une logorrhée agacée, excellent moyen de se déborder elle-même, de profiter de ses excès puis revenir à un calme apparent pour que les deux se retrouvent pour un instant suspendu d’harmonie...
On dirait que les titres des morceaux se fabriquent sur place, conglomérat de plusieurs. Ici, Pluie d’été. Louis ajoute, Un jour. De la nature à la traduction des perceptions, ça ressemble bien à de la création. Mettre en musique l’observation, les sensations, les faire traverser les instruments ou le contraire. Les mots n’atteignent pas cela…
On entendrait bien la sonnerie d’un camion de pompier en intro, ça, pour les Mesures d’urgence. Rapidement le violoncelle souffle, puis scille, une extrapolation du thème, et, ils n’en finissent pas de recomposer. La clarinette et le violoncelle se démultiplient, sons épileptiques côté souffle, grattages de l’archer côté cordes. N’empêche que la musique fait oeuvre là, partout.

SAMEDI 19 SEPTEMBRE Foyer communal de Trois Palis 22h
INNER CHAOS
FRANCOIS CORNELOUP (sax)
DAVID CHEVALLIER (guitare)
HELENE LABARRIERE (contrebasse)
Le trio commence à pas de velours cet Aria per l’insonnia, un groove enchanteur dans la contrebasse d’Hélène Labarrière, un sax sonore et délicat avec François Corneloup. Un démarrage enchanteur.
La guitare de David Chevallier capture des irisations, ses effets saturent le son, et engagent la contrebasse à tournoyer, Translucide peut-être parce que le son est traversé, transpercé, le sax se déploie solennellement, formant de belles courbes, un long phrasé aux battements langoureux.
Parfaite connexion entre la contrebasse et la guitare pour cette entrée en matière, quelques gouttes de pluie ou bien des haïkus successifs, une épure sans aucun doute, deux Rives, une contemplation, la musique s’alanguit comme un « fleuve impassible », vient la douceur du temps dans le sax, narrateur, aux éclairages de petit matin, à la rosée du ciel sur les berges.
La contrebasse d’Hélène Labarrière prend le temps du détail, la flexibilité des ajoncs, la brise capricieuse, ses cordes vivent, frémissent, s’étendent, résonnent dans la lumière, s’attardent à la racine des arbres. Le sax en aussi décrit la beauté, laisse le temps au regard sur cette nature, safrané, Ethiopique . Un transport envoûtant… La guitare de David Chevallier prend le relais psychédélique. Nous glissons avec eux dans un univers aqueux, contemplatif ET charnel.
Pendant que la guitare mandoline, les yeux fermés d’Hélène s’absorbent dans la précaution de chaque note, forcément sa contrebasse est habitée par elle !… le son continue du sax accompagne les solos de la contrebasse puis de la guitare, maintient une intensité presque dramatique, puis les trois s’animent, sax pulsionnel, contrebasse en joie pour une guitare soudainement folk. On dirait la nature en pleine régénérescence, vivante.
Un hommage au Liquide précieux avec une marche solennelle à trois de front, des pas prononcés, appuyés, comme un rituel, une offrande à l’eau à préserver. Pourtant chacun vrille, et transforme le projet en plaidoyer vitupérant, une révolte, une colère finalement… Des lasers d’invective pour le peu de cas fait à cette pénurie.
Hélène sonne un glas, sax et guitare jouent de concert.
En rappel, un morceau très enrobant avec une guitare patmethenienne.
Par Anne Maurellet, photos Alain Pelletier (alias tamkka)
Galerie photos























































