Studio de l’Ermitage, Paris, 4 novembre 2025

Fred Pouget, clarinettes
Guillaume Schmidt, sax
Anne Colas, flûtes
Benoît Michaud, vielle à roue
Rozann Bézier, trombone
Maarten Decombel, guitares-mandoline
Maïlys Maronne, piano-rhodes-chant
Janick Martin, accordéon diatonique
Ömer Sarigedik, basse-machines, électro
Adrien Chennebault, batterie-percussions
Pour commencer, des chants d’oiseaux en fond sonore, flûte, clarinette, sax, trombone, puis une vielle s’y glissent pour les accompagner. Eveil d’une « nature » musicale, guitare, piano, électro suivent, tous s’élèvent comme une aube joyeuse et délicate. Une lente farandole à la Fellini émerge, les instruments s’étirent, se marient, tresses à dix brins.
Les instruments à vent, trombone de Rozann Bézier compris sont cernés par de l’électro, le clavier inscrit le thème, l’incruste pendant que la batterie avance à tambours battants, accords piqués et obsédants, l’étrangeté s’immisce par les silences qui sont aussi le souffle, la respiration toute particulière de l’ensemble. C’est aussi la fête de l’insolite, la voix de la pianiste Maïlys Maronne s’y juxtapose doucement. Vielle de Benoît Michaud, accordéon et guitares dont la basse s’enroulent.
Ça doit plaire à Rameau qu’on s’empare ainsi de sa modernité pour en éclairer la joie.
Les sons fusent, s’allongent, les percu d’Adrien Chennebault et le piano de Maïlys Maronne, transformé en xylophone mécanisent le morceau. Une variation s’ensuit, construction en escalier, aux marches multiples.
La mandoline et la voix de Maarten Decombel s’en dégagent, soudain dépouillées, avant que cloches, colliers métalliques chatouillent les cordes du piano, vielle frémissante, respirations haletantes de chaque instrument, qui s’harmonisent pour une décomposition à miroirs réfléchissants afin de magnifier le génie de Rameau.
L’électro en solo d’Ömer Sarigedik lance quelques sons sur une surface électrique qui les fait ricocher indéfiniment, la basse lance alors des filets métalliques, ondes aquatiques, sonar, animaux marins d’une mer futuriste. Les percussions lui rendent ses rebonds. L’accordéon diatonique de Janick Martin fait la roue, paon précieux, aux déploiements maniéristes. L’horloge musicale accélère le défilé des heures colorées. L’électro est un curieux bruitage tel un ruisseau sonore où prennent forme les instruments, piano aux accords et notes lentes, les autres prenant aussi le temps de déployer l’harmonie des thèmes de Rameau, dix fois célébré ici comme une jubilation respectueuse.
Le piano s’en empare pour l’illuminer, riche surenchère, une cymbale griffée lentement griffée par l’archet prolongeant ainsi le son.
La clarinette basse de Fred Pouget s’incruste, elle aussi accompagnée par l’accordéon et la mandoline, toujours dans l’épure, retournant à la source des mesures. Peu à peu, le thème s’éloigne, pendant qu’ils en entretiennent l’essence.
Le sax de Guillaume Schmidt fait maintenant sonner les notes, les jazzéifiant, appuyé par le piano discret mais possesseur du tempo permettant ainsi au sax soprano de belles circonvolutions. La batterie tambourine, métronome insatiable, s’y superpose la flûte traversière d’Anne Colas pour emporter le morceau dans un tourbillon, les ralentissements laissant aux sons raconter une histoire, danser aussi, attraper les harmoniques. Tous s’accrochent au fil tendu, appellent à nouveau Maarten
à la guitare aussi désireuse de récupérer ces racines, la clarinette basse privilégie un chant d’une grande tendresse, à la plainte délicate, joliment suivie par le sax soprano. Tous se rejoignent parce que dix musiciens, ce peut-être une communion, le plaisir de l’ensemble.
La batterie d’Adrien Chennebault roule, un peu tribale alors et surtout d’une belle fluidité, avec de soudains éclats en forme d’électrochocs, puis le son se dissipe en effet sourdine, pourtant toujours déterminé.
L’électro revient pour rappeler qu’il faut brouiller les cartes, laissant éclater la joie, feu follet, feu d’artifice.
Les morceaux savamment composés se transforment en ritournelles… qu’on emporterait bien avec nous !
Par Anne Maurellet,
photo Pascal Bouclier














