Machado Novo Trio – Como as Flores

Machado Novo Trio : Como as Flores, le tout dernier album de Jean-Marie Machado, sortie le 23 janvier 2026. Un superbe bouquet d’émotions, une ode à la beauté.

Jean-Marie Machado, piano, compositions (sauf ‟Nardisˮ, Miles Davis), et arrangements
Claude Tchamitchian, contrebasse
Zé Luis Nascimento, percussions

Jean-Marie Machado, souvent défini comme un explorateur musical, est un créateur avant tout, compositeur éclectique ouvert aux multiples influences, à l’image de la ville frontière de sa naissance, Tanger, carrefour de cultures au croisement des mondes arabe, africain et européen. Sa musique ne connaît pas de frontières, elle est un lieu ouvert, fruit de rencontres entre classique, musiques du monde, jazz. Actif au sein de formations originales comme le Danzas Orchestra créé en 2007 avec seize musiciens (écouter l’album Sinfonia, sorti en 2024 sur le label La Buissonne), il retourne pour la quatrième fois de son parcours aux sources du trio (il se fait connaître en 1986 avec le Trio Machado), avec ce nouvel album Como as Flores, piano contrebasse et percussions. 

Pour ce trio, Jean-Marie Machado a invité deux musiciens, eux aussi porteurs de sonorités d’un ailleurs, l’Arménie du contrebassiste Claude Tchamitchian « pour son sens transversal de la musique répondant à mes compositions sur les mondes des jazz actuels », et le Brésil du percussionniste originaire de Salvador de Bahia Zé Luis Nascimento « qui, à mi-chemin entre la batterie et les percussions digitales, apportera cette nuance indispensable à mon esthétique aujourd’hui ».

Como as Flores, comme des fleurs dans la langue portugaise de l’enfance du pianiste à Tanger, nous transporte vers des ambiances océaniques, lumineuses, convoquant des mémoires universelles. C’est un voyage sensoriel où la formation en trio, à la fois minimaliste mais où rien ne manque, apporte une plénitude à l’écoute de ces dix pièces aux couleurs chatoyantes et complémentaires, palette d’émotions entre nostalgie, envolées lumineuses, transes envoûtantes, avec toujours une élégance de jeu et un souci du détail magnifiés par la qualité de l’enregistrement. Il faut avoir écouté l’album entier sur un système performant et à volume confortable pour en percevoir la puissance contenue, l’émotion brute directement ressentie.

A l’écoute des deux premiers titres, ‟Romantic Spellˮ, comme une errance nostalgique, et l’envoûtante valse syncopée en ostinatos ‟Valsa Ouriçoˮ (beau solo de Zé Luis aux percussions), une sensation de douceur et d’équilibre nous invite, entre les timbres du piano, aérien en ascendances lyriques parfois, et la contrebasse ancrée dans les profondeurs de la terre, avec un toucher de percussions feutrées.

‟De Memorias e de Saudadeˮ, l’un de mes préférés, est une plongée dans l’univers des émotions intimes. C’est l’alchimie d’un trio à l’écoute, un va-et-vient entre nostalgie et extase, une tension rythmique contenue, des apnées océaniques sous l’archet, et ce piano qui ose à peine troubler le silence. Une tension entretenue contrebasse et percussions sur laquelle le piano se promène, de l’un à l’autre, magique !

Autre belle pièce : ‟Le voleur de fleursˮ, un galop envoûté et envoûtant, course poursuite effrénée ponctuée de respirations, ruptures de tempo sur fond de rythmiques enveloppantes. Juste avant que ne démarre ‟Our tears never criedˮ, je conseille de monter un peu plus le volume, bien calé dans son siège : lourde menace de ciel d’orage en basses telluriques qui vous prennent aux tripes, piano en envolée, mélodie pénétrante, et une palette délicate de sonorités percussives, peaux tendues, ondulations, crécelles pour un final en fin du monde…

Seul titre de cet album qui na pas été composé par Jean-Marie Machado, ‟Nardisˮ (Miles Davis), un arrangement original en un groove syncopé, discrètement free, une belle entente du trio, et cette épatante séquence contrebasse et percussions.

Emotions intimes dans ‟Piumaˮ, une ode à la beauté, un piano d’abord en retenue qui emporte tel un fleuve en crue ; tourments de l’âme de ‟Perdido em clarezaˮ, introduits par un archet plaintif délicieusement orientalisant, une belle composition de huit minutes, une durée propice à des développements intéressants, le temps d’un voyage intersidéral.

Et puis cette pépite cinq étoiles : ‟Transvidaˮ. Un régal sensoriel au toucher subtil de percussions cristallines, un souci du détail infinitésimal, cette pulsation envoûtante, et là encore n’oubliez pas de monter le son !

Retour en douceur et torpeur d’un sommeil lourd, ‟L’endormiˮ, au climat d’errances oniriques…

Como as Flores, c’est pour moi l’album de l’île déserte : tout y est, ouvert sur des imaginaires sans limite, resplendissant de l’écoute mutuelle entre ces trois musiciens, le piano émotionnel, la contrebasse envoûtante et l’alchimie sophistiquée des percussions. Magique !

Par François Laroulandie

Label La Buissonne

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