Rocher de Palmer – 16 juillet 2022Sarah McCoy + Thomas de Pourquery « Supersonic »

Sarah McCoy

Au fil des ans, de pianos-bars (de Nola), en tournées de concerts et de festivals, Sarah McCoy s’est forgé un sacré caractère et a acquis un solide métier. Elle a petit à petit écrit et chanté son histoire écorchée, pavée de quelques joies sincères, mais aussi de blessures, pour la plupart pas encore vraiment cicatrisées, à ce que nous comprenons. En 2019, son premier album « Blood Siren », paru sur le prestigieux label Blue Note, toucha bien des cœurs, et enchanta la critique. Disque dense, fait d’ombres et de lumières, qui révèle l’univers et les indéniables qualités vocales, pianistiques et d’écriture de Sarah McCoy, le tout mis en valeur par des producteurs visionnaires : Chilly Gonzalez  et Renaud Letang. La première partie de son concert raconte cet album, mais avec beaucoup plus de force évocatrice et de liberté. S’accompagnant d’abord seule au piano, qu’elle maitrise parfaitement, elle sait ce que jazz veut dire, sa poignante voix soul-jazz, sa gestuelle, et les envols dorés de sa longue chevelure, transpercent la quasi obscurité dans laquelle est plongée la scène, comme dans un vrai club. Elle délivre ainsi son message, en mettant à nu son âme, ses souffrances, mais aussi un peu de sérénité retrouvée, et son « moi » qu’elle nous confie, avec humour et fragilité, comme si ce concert était pour elle une jazz thérapie. Les instants de gravité sont portés par un verbe tantôt puissant, la révolte, le refus, tantôt intimement murmuré, avec mélancolie, comme « Mamma’song », saisissante chanson dédiée à sa mère. D’autre pépites circuleront, parmi lesquelles « New Orleans », « Boogieman » ou encore « Ugly Dog », où son piano évoquerait presque Satie. Elle le quitte alors, et nous voici embarqués dans une nouvelle aventure avec  « Weaponize me », sorte de tube résolument pop-electro-jazz, qui change la donne. C’est un single, sorti le 01 juillet 2022, qui annonce son nouvel album « High Priestess ». Elle est alors rejointe pour le reste du concert par Jeff Halam (Basse, synthé, chœurs) et Antoine Kerninon (Batterie, machines electro, chœurs), deux excellents complices, très au fait des sonorités actuelles, qui captivent de leurs rythmes et de leurs couleurs sonores la voix multi facettes de Sarah McCoy, libérant une nouvelle éloquence, plus extravertie, plus tatouée de présent et semblant débarrassée des scories de la peine. Au final, un trio énergique et captivant, à la fois dérangeant, enthousiasmant, et surtout très touchant ! Sarah McCoy et ses hommes n’ont pas fait que nous bousculer, ils nous ont carrément envoûtés! Normal, c’est magique ! Ce n’est pas tous les jours qu’une « sirène de sang » peut se transformer en «grande prêtresse » !

Line-up :

Sarah McCoy – Voix, piano         

Jeff Halam – Basse, synthé

Antoine Kerninon – Batterie, machines electro

www.sarahmccoymusic.com

Thomas de Pourquery « Supersonic »

Après avoir atterri à Jazz à Vienne le mardi précédent, pour assurer la première partie d’Herbie Hancock, pris un goût certain à chauffer à blanc les pierres séculaires du Théâtre Antique, et scotché les huit mille jazz addicts qui le peuplaient, il n’était pas question pour le « Supersonic » de laisser de marbre le Rocher de Palmer, nullement effrayé de s’offrir à un tel feu ! Ça tombait bien car les réacteurs encore tièdes de ce bouillonnant vaisseau ne demandaient qu’à être rallumés ! A l’embarquement, les passagers de la « 650 », frémissant d’impatience, en oublient même d’attacher leurs ceintures, et l’envol de la navette « super spatiale » nous laisse sur le tapis ! Croisés dans divers projets, ces musiciens étaient certes attendus, mais pour une partie du public, ce « Back to the Moon » sera une découverte en live, même si la veille, nous avions déjà écouté Laurent Bardainne et Arnaud Roulin. Ça, c’est comme la potion magique du vénérable Panoramix, ce n’est pas parce qu’on croit en connaître les ingrédients, qu’on sait quel en sera l’effet final, une fois bue ! Ce soir, ce n’est pas la fête à Sun Ra, quoique, ni la ronde des Fils de l’Amour, quoique (bis), mais bien Objectif (retour sur la) Lune, avec une turbulente équipe d’explorateurs célestes, menée par un Thomas/Tintin toujours aussi inspiré ! En déclencheurs des festivités, les rayons cuivrés fulgurants de Fabrice Martinez fendent alors l’espace comme un laser, doigt tendu vers des destinations multidirectionnelles, ouvrant de trépidants voyages, vers des galaxies émotionnelles instantanées. Chaque morceau est un petit satellite qui s’échappe ainsi du vaisseau amiral, avec des équipes changeantes selon la mission, à deux, trois ou plus. Les couleurs aussi sont variées, déjà plus vraiment terrestres, entre la limpidité éblouissante de la révélation et l’opacité mystérieuse du rêve tourmenté. Des associations de sons, de voix, aident cela en suggérant un monde parallèle fantasmagorique, voire comateux. Même si la musique est très écrite et pourrait faire penser à un cosmopéra du 21 siècle, voire plus, il y de la fluidité, de l’imprévu, de l’oxygène, du speed, car l’improvisation est omniprésente, et se balance de liane en liane, scellant des alliances hallucinantes de saxophones et trompettes, avec les canevas électroniques moirés des claviers (Laurent Bardainne et Arnaud Roulin), et cette époustouflante rythmique formée par Frederick Galiay, bassiste aux lignes prog abyssales et l’incroyable chorégraphie percussive d’Edward Perraud ! Les voix ont aussi une grande importance, car il y a un grain particulier dans le chant de Thomas de Pourquery, entre fragilité feutrée et persuasion, et les chœurs, saisissants instruments de souffle collectif et d’âme fraternelle. Vocaux d’une magnifique intensité qui selon les plages, peuvent rappeler ceux de certains disques de Kip Hanrahan ou d’Arto Lindsay. Il en est de même de la musique, en une ébullition plurielle, jazz, free-jazz, un tantinet pop, universelle, énorme quoi, qui semble faire fi des étiquettes et vous entraîne dans un flow tumultueux dont on aime la manière avec laquelle il nous fait perdre pied, et prendre conscience ! Un groupe indispensable et fédérateur qui, grâce à la force spirituelle de son message, nous a donné le pouvoir de dire « WE », et l’assurance d’être « NOUS » ! Merci !

Line-up :

Thomas de Pourquery – saxophone alto, voix lead

Laurent Bardainne – saxophone ténor, synthétiseur, voix

Fabrice Martinez – trompette, bugle, chant, percussions

Arnaud Roulin – piano, synthétiseur, électronique, percussions

Frederick Galiay – basse, chant

Edward Perraud – batterie, chant, électronique

Si vous voulez écouter et acheter le disque « Back to the moon » (sorti en 2021), c’est par là :

https://thomasdepourquerysupersonic.bandcamp.com/

Par Dom Imonk, photos David Bert.

Galerie photos 1 :

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