Étienne Guéreau – Fling

Étienne Guéreau – piano
Marc Buronfosse – contrebasse
Gautier Garrigue – batterie
Titres :
1. Call me Call me
2. Fling
3. Triskèle
4. Just in
5. I have grown accustomeed to her face
6. Demain dès l’aube
7. La courbe de tes yeux
8. Que je t’aime
9. Les jeux d’Oscar
10. Le Bal clandé
11. Mango
12. Les cendres sur la lande
Étienne Guéreau, c’est un touche à tout : le piano en tant qu’instrumentiste, la littérature en tant que romancier, la musique, en tant que pianiste, et la pédagogie, voire la vulgarisation. Ses nombreuses « interventions « sur Youtube impressionnent par sa connaissance de l’harmonie, et par le savoir qu’il transmet de façon simple et directe. Le commun des mortels dont je fais partie, ne comprends pas toujours tout. Mais parfois, une étincelle nous atteint, et l’enchaînement des accords d’un morceau nous semble alors moins mystérieux. On peut penser à Alain Manoukian qui fait lui aussi œuvre de pédagogie pour le grand public.
Il signe ici un album avec ses complices Marc Buronfosse à la contrebasse et Gautier Garrigue à la batterie, tous deux musiciens hors pairs, en totale maîtrise de leur instrument.
Le disque s’ouvre sur un titre très pop, « Call me Call me », du groupe Cowboy bebop blue qui nous permet de rentrer de suite dans son univers instrumental, une interprétation à la fois cérébrale, mais sensible, et proche, très accessible. Un très beau morceau qui nous installe dans l’univers d’Etienne, qui a d’ailleurs déjà décortiqué ce morceau lors d’une de ses classes Youtube.
« Fling », titre de l’album, avec une ouverture très lyrique, beaucoup de notes, mais tellement bien arrangées, tellement bien harmonisées, un trés beau morceau, à la fois énergique et émouvant ; avec un intermède très libre qui évolue très naturellement vers le thème de départ. On est vraiment transporté.
S ‘ensuit « Triskèle », hommage à la Bretagne, mais, on en est loin musicalement et rythmiquement. Un esprit presque enfantin sur l’introduction, mais une musique très pensée. Une fin en sifflant (d’ailleurs, qui siffle si bien dans le trio ?).
« Just in », retour au jazz, un peu moins immédiat ; un thème peut être plus sophistiqué. Marc Buronfosse chorusse rapidement, relayé par Etiènne. Puis Gauthier Garrigue, magnifique batteur.
« I have grown accustomed to her face », une reprise d’un standard ; là on réalise le travail d’Étienne Guéreau ; il est éblouissant de sensibilité, d’intelligence. C’est quasiment un nouveau morceau. Avec une fausse fin surprenante.
« Demain dès l’aube », chanté par Charlotte Planchou ; l’occasion de réentendre ce texte splendide de Victor Hugo. Un très beau thème d’Etienne, très émouvant, mélant émotion et mystère, jusqu’au vers final.
« La courbe de tes yeux », cette fois, un poème de Paul Éluard, Charlotte toujours au chant, très subtile, toute en nuance.
Avec « Que je t’aime », oui, le tube de Johnny, archi rebattu, entendu et réentendu, le trio nous rappelle, si besoin était, que l’on peut transcender des classiques de la variété, avec un prérequis indispensable : l’intelligence. Tous les trois sont parfaits de présence et de sensibilité.
« Les jeux d’Oscar », très jolie mélodie, là encore pleine de subtilité. Un clin d’œil familial sans doute. Navigant entre reggae et swing, un intermède ludique pour tous, le trio, et nous, auditeurs. Un final démultiplié pour Gauthier Garrigue clôt le morceau.
« Le Bal clandé », une valse démarrant de façon très classique, avec de magnifiques et virtuoses interventions d’Étienne Guéreau.
« Mango », au rythme chaloupé, de facture plus classique que les autres pistes, permettant au piano de prendre toute la place.
« Les cendres sur la lande », là encore, un très beau thème, à la fois limpide, et très sensible. Un morceau court, mélancolique, qui clôt cet album exaltant.
L’univers d’Étienne Guéreau allie l’intelligence, la connaissance profonde de la musique, et la sensibilité, l’accessibilité. On a vraiment la sensation d’avoir franchi un cap après l’écoute (les écoutes !) de ce disque. Oui, un très beau disque, très riche, très varié, et très accessible pour peu que l’on fasse l’effort de vouloir l’aborder, comme très souvent avec le jazz ; Étienne Guéreau sait toucher nos cordes. On réalise que la virtuosité et l’intelligence, la cérébralité peuvent servir la sensibilité.
Avec ce disque, on a la sensation de rencontrer un nouvel univers, un « nouveau « musicien, au travers d’une formule classique, le trio piano basse batterie, mais extrêmement riche et dense au final.
Par Pierre-Yves Miroux
2026 – Arts Culture Europe
https://www.facebook.com/etienneguereau














