Rymden – Today May Be Tomorrow

Le trio Rymden, c’est Magnus Oström à la batterie, le contrebassiste Dan Berglund et Bugge Weqqeltoft aux claviers. Autrement dit, la rythmique d’E.S.T. (Esbjörn Svensson Trio, disparu en 2008) avec un claviériste ultra créatif.

Le jazz venu du froid vient souffler de nouvelles mélodies rafraichissantes à la fin d’un été torride. Avec « Today May Be Tomorrow », son 4ème album studio, Rymden s’interroge, se renouvelle, s’émancipe et nous interpelle aussi ; demain est-il encore une promesse ?

Ce disque confirme une identité affirmée, au croisement du jazz scandinave, de l’électro et du rock progressif.

Réduire la musique de Rymden à sa filiation avec Esbjörn Svensson serait malhonnête de ma part, mais les grands espaces ont laissé à tous ces musiciens un vocabulaire musical commun. Ce CD est plus électrique, plus contrasté, plus aventureux.

Le titre de l’album résume bien l’ambition du trio. L’ouverture éponyme, longue de près de dix minutes, pose immédiatement le décor ; une tension suspendue, une basse qui impose progressivement son autorité, des motifs qui s’emboîtent et une montée en puissance très construite, précise, narrative. Les huit morceaux portent des signatures individuelles ; 3 compositions d’Öström, 3 de Wesseltoft, 2 de Berglund, mais l’ensemble conserve une unité très forte. L’écriture complexe n’est pas une fin en soi ; les rythment changent, les formes bifurquent, mais la musique reste immédiatement évocatrice.

Chez Rymden, c’est l’égalité réelle entre les trois musiciens qui force le respect. Souvent au service du piano, un trio jazz porte la mélodie et de temps en temps laisse un chorus à la basse ou au batteur. Ici, le piano lyrique et les nappes de claviers se fondent à la basse, parfois mélodique, parfois rugueuse sur le tempo de la batterie que dessine des climats et des reliefs très contrastés.

Après la poussée initiale, « Nightfall » change l’ambiance : balais feutrés, élégance harmonique et groove relâché installent un climat plus nocturne, à la fois urbain, organique et contemplatif. « Valiant revisited » repense une pièce de Berglund transformée par l’esthétique propre de Rymden, avec retenue et mélancolie.

« Five steps from a dream » est une ballade poétique que « Undercover lover » vient interrompre par une attaque plus abrupte. Des accents de Lalo Schiffin se sont glissés (selon moi) dans cette composition, donnant une pièce très cinématographique au projet. Cette alternance est l’une des réussites du disque : Rymden sait faire cohabiter le silence, le lyrisme et des surgissements de puissance.

« Here now » prend des couleurs soul, avec une ligne de basse jouée à l’archet particulièrement expressive, « Em » s’élève peu à peu vers une forme d’extase contenue et enfin, « The goodbye song » clôture l’album avec une mélodie claire, un rythme souple, une douce tristesse.

L’album ne renie ni les riffs massifs, ni l’électronique, ni le goût du trio pour les accélérations. La maturité du trio donne à « Today May Be Tomorrow » une densité particulière, dans laquelle les découvertes se méritent écoute après écoute.

Vince

Nardis