Les Amis du Sahel, Bordeaux, 4 décembre 2025

Jean-Luc Petit, clarinette, clarinette basse,sax
Jean Rougier, contrebasse
Roland  Devocelle, sax
Urbuli Baba, batterie

Jean-Luc Petit choisit le goulot d’étranglement, l’air humide, un son rocailleux en fait qui s’amplifie, la contrebasse de Jean Rougier geint discrètement, le sax alto de Roland Devocelle fait la girouette rouillée, la batterie glisse, sable, un chant s’élève de la contrebasse par l’archet scrutateur, tous gémissent, feulent, un éveil des profondeurs insolites. Le sax alto frise, se déploie de guingois, la clarinette alerte, un monde étrange en oblique, en jets de sons, en recherche… On dirait une insurrection, celle des instruments, peut-être une autre ? S’émanciper, se révolter, exploiter pour exploser la musique. Horizontalité et verticalité, s’invitent maintenant avec le sax et la clarinette, puis ils distorsionnent, de la fureur naît l’irritabilité, les extrêmes puissants, libérateurs…

Après, c’est la paix, ou un repos, la contrebasse s’étire, et ponctue aussi, moment d’intériorité grave, de méditation, c’est ptet pour ça que Jean-Luc prend sa clarinette basse, aux sons songeurs, sillonnants l’espace, vibrants pour s’ébrouer, prétexte à la contrebasse de s’exciter, et appeler le sax à les accompagner ; la puissance des instruments revient, anarchique. La batterie s’émancipe. Les belles couleurs de la contrebasse lancent des sons à mille teintes cuivrées. La clarinette basse en frisotte, grognant légèrement. 

Des rafales de vent soufflent dans le sax de Roland, les cris de ce dernier encourageant Jean-Luc qui passe au sax impertinent, irrité… La batterie soulève une rébellion, Jean-Luc semble demander à son sax « donne-moi ce que tu peux, et j’en ferai de même avec toi » !  On entend un swing sortir de terre, ou de l’air, la contrebasse défaille sans retenue. 

—-Pause

Ils commencent par un monde minuscule, frôlements, frisottements, aigus fréquencés. Jean fait siller une cymbale pour prolonger le son ensuite sur sa contrebasse, la batterie sursaute, un éveil progressif afin de libérer à nouveau du son, élever l’obstination, si fondamentale, pendant que la contrebasse rouille systématiquement le son, quelques éclats habilement dispersés sortent des mains d’Urbuli Baba.  Le sax soprano de Roland s’excède, les slaps sont toujours amenés à bon escient, il suffoque parfois, vocifère. Les quatre instruments s’insurgent, réclament et battent le swing, insatisfaction bienvenue, faut pas se laisser faire. 

Avec ça, on f’rait bien une révolution.

En rappel, Jean-Luc Petit prend sa clarinette basse ici kandinskienne, et appelle ainsi la contrebasse de Jean Rougier toute en angle, torsion, chuintements. La batterie d’Urbuli Baba choisit le bancal. Point-Ligne-Plan ! faire claquer, injonction à l’hystérie,  au débridé. La contrebasse de Jean Rougier entend la cavalcade dégingandée de la batterie et l’accompagne, le sax alto éructe, puis les deux sax caquettent, complices, explosant derechef. 

Par Anne Maurellet,
photos Bernard Andruccioli

Extrait vidéo par Pierre Mons

https://www.facebook.com/share/v/1Ha8bkHi2K

Galerie photos