LAURENT DEHORS 7TET  / MAPPING CONCERT

VENDREDI 18 SEPTEMBRE / SOIRS BLEUS / Foyer communal 18 h

LAURENT DEHORS 7TET « RIGODONS ! »

NOE BECAUS viole de gambe, SOPHIE PIERAGGI violon baroque, ROSE DEHORS sacque boute, flûte à bec, percussions, MATTHEW BOURNE, clavecin, FANNY MARTIN flûtes, MARGUERITE DEHORS violon baroque, LAURENT DEHORS compositions, saxophones, clarinettes, cornemuse, guimbarde, percussions & direction

Les regards complices et malicieux sont déjà là pour le partage et la fête. Ils sont nombreux, 7.  Bach en est le fil conducteur, mais ils tissent un lien continu entre eux. Ils jouent des petites formes d’éclats joyeux, une fantaisie foutraque terriblement bien organisée. Les instruments semblent s’amuser eux-mêmes, Bach est attrapé avec astuce, ses architectures enluminées, soulevées, détaillées, aspirées. Des décompositions qui ne laissent aucun répit à l’espace virevoltent, prolongées par les voix. 

C’est un Tex Avery musical,  des notes en borborygmes, tout est construit comme des horloges anarchiques qui marqueraient néanmoins le temps, juste libérées de quelques contraintes.  

Clavecin de Matthew Bourne et viole de gambe de Noé Becaus font défiler les heures autrement, la mesure comme seul garde fou, laissant aux instruments baroques rafraîchis et valorisés leurs saveurs. Quelle bonne idée ! Un morceau plus lancinant, méditatif  avec « Des Pas dans la » que le sacque boute de Rose Dehors honore.

Une autre Badinerie déstructurée, Bach est chatouillé de toutes parts avec affection, fantaisie et respect, sacré travail de composition. Et pour « Quand on s’promène » Au bord de l’eau chanté par Jean Gabin (vive Julien Duvivier !), les cordes de Sophie Pierragi et Marguerite Dehors enrobent la clarinette, un serpent audacieux aux courbes fantasques, tourbillonnant autour du maître.

Et comme c’est bon de partager aussi avec le public mis à contribution ! Rythmez, rythmons, que diantre ! Du swing et ses débordements foufous !…Charrette et carrosse compris…

Le clavecin jazzy, mais oui, se débat comme Un chat dans un trou de souris avec le piccolo de Fanny Martin tel une petite souris.

Quant à la Lettre à Elise à la cornemuse, pensez bien qu’elle vrille rapide, entraînée vers une musique plus celtique, un Cornemigodon. Yapluka, et Laurent Dehors ne s’en prive pas. Sept jeunes musiciens bien habiles dans ce kaléidoscope musical, le plus juvénile n’étant pas celui qu’on croit.

En rappel, ils se saisissent de la fantaisie moderne, contemporain, allons-y, d’un Rameau dans Platée avec son Orage.

Un concert pour le moins original, habile et vivifiant, ce dont on ne se plaindra pas.


VENDREDI 18 SEPTEMBRE / Église Notre Dame de Trois Palis 22 h

MAPPING CONCERT

NICOLAS TICOT (vidéo) GAËL HORELLOU (saxophone)

Les pulsations lumineuses animant l’église de Trois Palis renvoient à celle du sax de Gaël Horellou. Une sorte de coureur de fond projeté donne le pouls de ce solo. Nature boy aux notes en écho les unes des autres, rengaine de fond en attente des réponses du musicien, respirations haletantes pour jeux de miroir, l’église flambe, rougeoyante  pendant que le sax s’élève, pulsionne. Le chorus revient, éplorant, alangui. 

L’église se pare de couleurs psychédéliques pour ce New York city subway, Gaël et son sax se contorsionne, dans un long monologue répétitif, obsessionnel, les rythmiques enregistrées se dupliquant, couches superposées pour fabriquer des racines immédiates, des mangroves, et un sax qui danse au-dessus, semblant vouloir s’en extirper, les attaquant, les entêtant, montées recommencées, transformées progressivement en transe douce. L’église livre aussi ses effets grâce à la mise en valeur de la façade par le mapping de Nicolas Ticot. Le musicien voyage dans les sons de son sax leur faisant tracer un chemin, curieux des découvertes, à coups d’accords mineurs montant par quintes ascendantes, nous rappelle-t-il.

Avec Fractal blues, le sax frémit, vibrations d’un monde intérieur en quête d’harmonie ou de la traduction de sensations  a priori indéfinissables. C’est toujours organique, un souffle un peu oppressant qui voudrait peut-être s’affranchir. Les notes d’abord atténuées s’élancent, par intermittence ou son allongé, pulsions souterraines, en quête d’extériorisation. Des frémissements continus, des ébauches qui s’enchaînent puis s’entortillent en suffocations sonores.

Gaël Horellou traduit les émotions suggérées par les paysages du mapping dans les méandres de son sax. Il raconte la beauté des lieux, leur majesté, ce que peut le sax. L’instrument comme dessinant la géographie d’un endroit, ici, au Bord du Mékong,  illustrant le regard contemplatif du musicien à la sensibilité à fleur de notes.

L’église reçoit des quadrillages sonores lumineux en mouvement à la manière  des superpositions des sons fabriqués par l’électro de Gaël. Le sax geint, saturé par ses propres effets, éclats de miroir se renvoyant la lumière, celle de l’onde, miroitements autres. 

Le sax bruisse maintenant, sortant d’un brouillard pour la  chanson I’ll be seeing you. Un swing feutré au balancement concentrique, des ronds dans l’eau avec des bulles d’oxygène qui éclateraient sporadiques, des ondulations berçantes et un sax à la respiration désirante. 

Le fond électro fait office aussi de dramatisation, au sax de prendre forme à partir de la rythmique que Gaël s’impose. Il s’en échappe et y retourne, c’est le voyage. L’architecture de l’église se démultiplie et tourne sur elle-même tel un manège. Le sax dessine courbes et angles, sons poussés et sons hirsutes, montées et descentes pour le faire chanter, le faire déborder, l’usant jusqu’aux basculements.

Par Anne Maurellet, photos Alain Pelletier (alias tamkka)

Galerie photos