Jeudi 26 juin, église Saint Martin Salles-Lavalette

Pierre Tereygeol « Silent Storm »
Jeudi 26 juin 2025 -Eglise de Salles-Lavalette
Pierre Tereygeol (guitare et voix)
Guillaume Latil (violoncelle).
Le bruissement des cordes de la guitare de Pierre Tereygeol est une invitation au voyage intérieur, curiosité du détail, demi-éveil au moment où tout pourrait avoir de l’importance, le violoncelle de Guillaume Latil, majestueux comme un cygne glissant sur l’onde. Pour commencer, la voix de Pierre est un doux chant, le son s’élance et se perd, langue anglaise, pour de petites perceptions, histoire de vies, sensibilité à fleur de notes. Le violoncelle ponctue, commente, encourage, adoucit, une sorte de deuxième voix expressive à l’intérieur des cordes de cet instrument. C’est une mélodie sinueuse qui s’égare dans les méandres des sentiments.
Pierre effleure les cordes de sa guitare, conciliabule de deux libellules, amoureuses sans doute, la naissance d’une relation pendant le confinement nous dit Pierre, sa voix part dans les aigus, comme si ne pas apposer de mots en raconte davantage sur ce que corps et âme vivent. Les deux instruments tournoient fébriles. Prière d’aimer.
Le dream de Billie Holiday repris par Nina Simone, revisité par Pierre et son folk, autant de compositions qui sont des chants d’oiseaux fragiles aux constructions délicates, mélodies en forme de nouvelles -short stories- qui dressent des portraits par touches successives. Un petit oiseau est d’ailleurs entré dans l’église… Guillaume utilise toute la palette de son violoncelle, archet et doigts d’une finesse de jeu étonnante au service d’émotions diverses.

Ellinoa « Mejiro »
Ellinoa (voix, compositions)
Héloïse Lefebvre (violon)
Mathilde Vrech (alto, choeurs)
Juliette Serrad (violoncelle, choeurs)
Arthur Henn (mandoline, choeurs)
Christelle Raquillet (flûte alto, ocarina, choeurs)
C’est un ensemble d’une grande fluidité et originalité : flûtes traversières pour Christelle Raquillet, violon d’Héloïse Lefebvre, alto avec Mathilde Vrech, mandoline chez l’ancien contrebassiste Arthur Henn se marient avec élégance avec la voix d’Ellinoa et son métallophone.
Tokyo la démesurée, le besoin de solitude, le souffle du vent, autant de sujets évoqués pour un voyage dans le pays des rêves. Choeur et voix s’accordent pour le déplacement. La langue anglaise facilite la douceur des mélodies. C’est gracieux. Quelques elfes passent par-là, la malice d’une Alice au pays des récits musicaux, des contes enchantés.
Sur fond d’estampes japonaises -il suffit de fermer les yeux un instant- Mizoguchi, les maisons traditionnelles et la pluie d’été sont convoqués, monde des petits esprits, nommé Yokaï, une cosmogonie que musique et voix s’emploient à évoquer, fabriquant des fables musicales.
Vendredi 27 juin, abbaye de Puypéroux

Orphéon MéléHouatts
Ensemble L’Orphéon Méléhouatts de l’Ecole départementale de musique – direction Adrien Mercier.
Rien de plus difficile, voire périlleux que de jouer ensemble à disons vingt-cinq, et pourtant c’est bien la gageure réussie de L’Orphéon Méléhouatts. C’est exigeant et leur marque de fabrique avec comme lien crucial la dose d’humour et de joie !
Du klezmer à des morceaux de pays africains, en passant par Avishai Cohen et autres, une palette chatoyante ! et de nouvelles recrues enrichissent l’Ensemble. Flûtes traversières, saxs, piano, accordéons, contrebasse, batterie and so one s ‘harmonisent pour un festin gourmand. Ils nous font traverser les contrées, faire le pourtour de la Méditerranée, on pourrait ptet faire un tour comme ça, si tous les gars du monde…
Bravo bien sûr au chef d’orchestre et à sa bonne humeur bien rythmée aussi !

Olivier Hutman, Lamine Cissokho « Double skyline »
Olivier Hutman (piano)
Lamine Cissokho (kora)
Ce qui vient en premier, ce sont les couleurs du jazz, un swing happé pour le piano d’Olivier Hutman, nerveux, engageant les cordes magiques de la kora de Lamine Cissokho à vibrer.
Justement les vibrations de la kora partagent les mêmes soubresauts des arpèges du piano d’Olivier Hutman. Ils construisent à eux deux un jazz inconfortable -on ne saurait s’en plaindre. Une harmonie se dégage cependant de l’association des deux instruments, chacun faisant chemin vers l’autre avec sa spécificité. Une architecture complexe, une chorégraphie élaborée se dessinent, la mixité comme richesse, désir. Lamine Cissokho scrute sa kora, Olivier Hutman trouve des accords en correspondance, déviant son piano.
Lamine, sénégalais, griot de père en fils nous entraîne dans la tradition de l’Afrique de l’Ouest, sa voix traverse les siècles pour la paix Kaïra.
On est sidéré par le son cristallin de la kora magnifiée par les mains savantes de Lamine. Les morceaux sont à chaque fois de mini-épopées, des traversées dans de nouveaux pays, au swing martelé et chantant, pour le moins original. Chaque instrument déplace ainsi son identité. Les salves sortant des doigts de Lamine sont autant d’éclats, d’éclairs lumineux auxquels se croisent, se frôlent les notes et les accords volontaires d’Olivier Hutman, un nouveau langage musical, une poésie.
Les touches du piano d’Olivier Hutman vibrent en quelque sorte attirées par les effets de la kora, des poèmes musicaux s’en échappent, profonds, chargés du sens de l’aide à apporter à nos parents pour ce qu’ils nous ont donné, Fassoulo. Le jazz les attrape, assoiffé de ces débordements.
On ne sait si ce sont des chevauchées fantastiques dans des pays hybrides, le squelette du jazz présent mais remodelé, teinté de lumières africaines, une union où chacun se décentre et ne fait qu’augmenter le potentiel de sa créativité. Le piano grandit, la kora s’émancipe.
La tension, les rebondissements de la kora, instrument symbolique en lui-même et ses deux baguettes de bois fixées sur l’instrument, subtiles percussions, correspondent bien au swing explosif d’Olivier Hutman. Capo verde.
L’accord éclate. Il est parfait.

Pierrick Pédron quartet « The Shape of jazz to come (Something else) »
Pierrick Pédron (saxophone)
Carl-Henri Morisset (piano)
Thomas Bramerie (contrebasse)
Elie Martin-Charrière (batterie)
Entendre d’emblée le souffle du sax de Pierrick Pédron s’épuiser, quel plaisir ! Le suivre s’alanguir, s’atténuer, appeler de ce fait un piano aux accords puissants, profiter du chorus qui s’étend, prendre des virages à balancer les graviers sur les bas-côtés, chercher les recoins à explorer, libérer, libérer sans relâche ! contrebasse et batterie suffisamment déchaînées. Lonely woman.
Et quand la mélodie s’adoucit, elle nous drague, flirte avec ses courbes à faire rougir.
Pierrick Pédron donne à chaque son toute sa saveur. La respiration circulaire est ici au service de pépiements d’oiseaux (décidément…), le piano de Carl-Henri Morisset en attrape une fantaisie. Piano, contrebasse et batterie partent au galop. Vélocité du piano largement accompagnée par la batterie volubile de Elie Martin-Charrière, le sax raccroche pour un doublet piano/sax, trempling à folie pour le piano avec une accélération hystérique quoique magnifiquement maîtrisée… mais pour une telle liberté, Eventually.
Tension et rondeur accolées, une Peace au tempo tendre, les balais de la batterie arrondissent davantage encore l’intro, la contrebasse de Thomas Bramerie prend le temps d’un swing alangui, peace, nous dit-on, les accords du piano fouillent un apaisement et se déploient peu à peu, des cercles bienveillants envahissent la scène, la saturant pour que s’y incruste le sax, paon magnifique. La batterie d’Elie Martin-Charrière ne faillit pas d’ailleurs, par vagues successives, elle déferle, acmé. La tendresse des instruments aura le dernier mot.
Parfois les morceaux dont Focus on sanity retrouvent l’élégance d’un jazz plus conforme, et pourtant déjà insatisfait comme en hommage à ce qui ne va pas tarder à être déconstruit, un va-et-vient dans l’histoire du jazz pour les recoller inégalement afin que d’autres formes apparaissent, Ornette Coleman « The Shape of Jazz to come » de 1959, la création prenant appui sur l’improbable. Alors le jazz de Pierrick Pédron quartet creuse, déterre, invente pour un « (Something else) » …
Solo de contrebasse tonique, au swing progressif avec un Congeniality hoquetant. Le piano de Carl-Henri Morisset prend le maquis, ça swing alors tant que ça peut !
La course effrénée ne s’arrête pas avec Chronology qui suit la tangente, le piano très présent explore, la batterie rugit, la contrebasse maintient la cadence. Le sax y insère son chant scrutateur free avec la complicité de la batterie.
Quelques accords récurrents au piano, une contrebasse pour l’ambiance, un balai sur une cymbale, ils réécoutent Depeche Mode pour Enjoy the silence, premières amours de Pierrick, en extirpent la mélodie et, comme une belle obsession la déploient en éventail. Le sax se laisse enchanter, qui s’enroule autour d’elle.
Que vivent les hommages.
Par Anne Maurellet,
photos Alain Pelletier alias tamkka, JPaul Gambier jazzin.fr
Galerie photos
par Alain Pelletier alias tamkka















