BRUNO DUCRET / CLAUDE TCHAMICHIAN / CATHERINE DELAUNAY / PIERRICK HARDY

DIMANCHE 20 SEPTEMBRE Église Notre Dame de Trois Palis 11h

BRUNO DUCRET SOLO

D’une chanson traditionnelle de La Nièvre et du Morvan d’un collectif au 16e siècle, Bruno Ducret fait un bruissement, son violoncelle creuse les sillons des époques de la vie, de « je voudrais être enceinte » et ça n’est pas rien pour un homme de le chanter… jusqu ‘au vieillissement puis la mort. Sa voix granuleuse traduit le poids de l’existence ou comment un instrument devient une personne.

Les doigts de Bruno tambourine sur les cordes de son violoncelle comme des papillons affolés changeraient de directions. L’instrument vibre, s’agite ; exister autrement. Bruno siffle discrètement, -un Rimbaud jeune qui chante misère et humanité- portraits intimistes poétiques de quotidien, de sensibilité fendue, le violoncelle comme douce compagnie, témoin des tourments. Fréhel redénichée.

Son violoncelle a encore beaucoup à livrer, Bruno passe à une suite bachienne, contemporaine, gravité et effilochement combinés, pendant que l’archet  s’obstine. Les cordes sont chatouillées, chahutées, devenant petits cris d’oiseaux. 

Une chanson irlandaise en émerge. La voix et le violoncelle sont une même représentation des affects, résonnements. Et comme la musique peut naître de partout à qui sait la saisir, un plateau de cuillères brassées par Bruno manifeste le désespoir possiblement amoureux.

Le violoncelle organique ne cesse de raconter des pulsions, Bruno et lui ne font qu’une seule et même personne et trouvent l’art de mettre en scène, mieux, en chair Pauvre Martin, pauvre misère. Brassens s’en réjouit forcément. On voit la terre labourée se soulever sous le labeur. Ça prend aux tripes, à l’âme. Le fourmillement de vie n’a de cesse sous les  doigts de Bruno Ducret. Et plus encore, une cuillère en bois « préparant »  les cordes de son violoncelle affaiblit le son pour qu’il tressaute, rouille, rebondisse enfin. Par-dessus ce nouveau rythme, onomatopées des sons, l’archet vient poser sa plainte. 

Regarder, entendre les modestes plus intensément . L’humanité à nu. 

Au delà d’émouvant, quel mot ?…

La dissonance comme vérité, comme beauté. Quel artiste !


DIMANCHE 20 SEPTEMBRE Foyer communal 17h

CLAUDE TCHAMICHIAN « NAÏRI »

CLAUDE TCHAMICHIAN (contrebasse)
CATHERINE DELAUNAY (clarinettes)
PIERRICK HARDY (guitare)

Naïri nous explique Claude Tchamitchian est le nom d’un territoire antique de l’Arménie. Le compositeur a ainsi écrit trois suites.

 Pour la première suite qui commence par La Caresse du temps, quelques notes en parallèle de la clarinette et de la contrebasse font un leitmotiv, un balancement discret de feuilles dans un arbre caressé par une douce brise. Paysages d’Arménie, nostalgie ? La somptueuse clarinette aux courbes majestueuses et sensibles de Catherine Delaunay ondule imperceptiblement, frémit parfois, la contrebasse de Claude Tchamitchian longe des monts plus abrupts, frôle les ombres, quelque oiseau aux ailes déployées doit bien se glisser dans  les défilés. Leur accélération ressemble à une danse effrénée et pourtant légère. Le temps de  la mythologie.

Les notes de la clarinette se contorsionnent  avec élégance, richesse des pays de l’est. Qu’elle nous emporte loin, Catherine Delaunay,  vivement accompagnée par la contrebasse et la guitare ! Retour à l’apaisement pour ces Sarmates.

Les compositions de Claude Tchamitchian plantent un décor pour des récits que les aèdes du Moyen-Age auraient pu transmettre et dont les temps contemporains ont bien besoin. Naïri, autrement dit les territoires médiévaux donc, Claude les transcrit dans ses partitions. On y voit les lieux et la culture, des Héros perdus aussi, notamment dans la troisième suite. La guitare de Pierrick Hardy sans oripeaux en alimente scrupuleusement la trame, la contrebasse se lamente, s’insurge même par de longs coups d’archet, les expressions variées d’une peine. La version fine de Catherine nous entraîne toujours plus loin, loin. 

C’est un voyage, une curieuse traversée, aux confins de la mémoire ou de ce que l’on peut restituer, faire émerger de l’histoire d’un peuple, d’une contrée. Une responsabilité en quelque sorte. La contrebasse est parfois entêtante comme s’il ne fallait pas abandonner le souvenir, comme pour cette  Invisible armada.

Notes après notes, comme pages après pages, Arménia, un génocide de plus... une guitare contre l’oubli, une contrebasse dans le drame telle une longue blessure à la cicatrice impossible, la clarinette,  au souffle grave alors, rejoint la guitare pour une harmonie tragique avec un filet de note continue.

Dans les doigts du contrebassiste, le Temps d’une caresse prend un autre temps. Chaque note devient respiration lente, puis espace à vivre autrement, pour mieux voir, ressentir, comprendre ? Et ça se corse, avec toute la profondeur accumulée, aux teintes multiples, du son soyeux au plus vif avec un swing fou furtif, occasion pour la clarinette de baguenauder, complice de la guitare sobre, sensible et délicate. Un portrait intimiste.

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Jazz.s  à Trois Palis a multiplié l’aventure cette année avec la bibliothèque mobile Jazz et BD imaginée par le Cité internationale de la bande dessinée et aussi une discussion grâce aux Allumés du jazz qui font détours «IA ? Streaming : un projet de société contre la musique enregistrée ? ». 

Les musiciens ont évoqué l’importance des festivals ruraux. Peut-être qu’une aube apparaitra ainsi. Jazz.s à Trois Palis, animé par Bruno Tocanne et des bénévoles est haut en musique et en humanité. 

Musiciens, vos sensibilités réveillent les nôtres, déplacent, ouvrent plus encore nos imaginaires, les nourrissent, avivent nos affections. Peut-être basculons-nous même vers un autre espace-temps, vous rendez-vous compte, musiciens !

Alors, on a faim, on a soif, à nouveau.  Que les aides locales, départementales et régionales suivent. Et encore, ces petits mots, merci. A demain ! 

Par Anne Maurellet, photos Alain Pelletier (alias tamkka)

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