Frode Haltli Avant Folk 5tet, samedi 26 septembre 2026 au Rocher de Palmer à Cenon

Frode Haltli Avant Folk 5tet

Frode Haltli : accordéon
Erlend Apneseth: violons
Hans P. Kjorstad : violon
Rolf-Erik Nystrøm: saxophones
Juhani Silvola : guitares et électronique

Un seul musicien, Hans P.Kjorstad pour deux violons Hardanger, variante norvégienne du violon, à la fois, et on entre d’emblée dans une méditation. Le temps traverse les siècles, un violon, celui d’Erlend Apneseth s’immisce, une musique traditionnelle, ancestrale, marque sa trace, remontant à la surface, une mémoire lointaine qu’ils appellent tous cinq maintenant. Une mélodie émerge doucement de l’accordéon de Frode Haltli. Le sax de Rolf-Erik Nystrom l’actualise par ses slaps, et voilà une musique actuelle, nourrie de ses racines, prête à l’envol. La guitare de Juhani Silvola un peu rock bat la mesure.

Le vent norvégien parcourt le sax, les effets de la guitare mettent en scène un paysage étrange qu’accordéon et violon animent à leur tour. Un criquet égaré sort du sax soprano. La guitare devenue aquatique l’accompagne, la tendre et délicate mélodie de l’accordéon  en maintient l’harmonie. Prenez ce bain de paix intérieure contemplative ou bien les mains de votre voisin, peut-être étranger, et participez à cette ronde. Les instruments frémissent tous.

Un démarrage folk pour cette danse enlevée qu’ils laissent se déployer. On sent la légèreté du sol et d’ailleurs, ils s’envolent tous bien vite. Les instruments deviennent occasion à bruitage furtif avant le retour à l’intériorité pour la transfigurer.

Le violon de  Hans P.Kjorstad égrène le temps du conte des deux sœurs, le violon d’Erlend Apneseth y met quelques perles de rosée pour la concentration, le formidable sax sans son bec est devenu flûte, la guitare avance à pas précautionneux, l’accordéon ouvre le champ au violon – qui raconte l’histoire –. Tristesse de la jalousie. La jeune noyée transformée en harpe (sic) décrit le crime de sa sœur le jour où celle-ci épouse l’amoureux désiré. Les violons en livrent la misère, l’art manifeste autant le sombre que la clarté, pendant que Frode fréquence les notes de son accordéon puis redonne vie, l’instrument s’étend en belles respirations. 

La guitare et le violon renouent avec une musique folk plus universelle – pays, unissez-vous ! – Le sax swingue par effleurements…

Parfois, les instruments prennent des petits sentiers suspendus dans les airs et nous enchantent. 

La guitare nous envoie dans l’éther – un grand verre d’alcool fort ferait l’affaire – d’abord, psychédélique donc, puis une mélodie à notes feutrées naît finement reprise par l’accordéon. Quelle majesté !… Les violons s’y accordent, le violon s’y enroule lentement, transformant le morceau en une valse lente, où les jambes et les bras s’égareraient dans l’espace. La beauté des harmonies est infinie. Ponctué par tous les autres instruments, le sax lance son chant qui ne cesse de s’élever, et pour le densifier, y ajoute en même temps son sax soprano.  Les musiciens semblent s’éloigner, jouant sur les pointes des notes, que ne demeure qu’une simple mélodie tour à tour effleurée et affirmée, en pointillé jusqu’à ce que ne reste que le rythme. La mélodie vient s’évanouir avec grâce et langueur. Le violon de  Hans P.Kjorstad gémit sous ses doigts.

Ils se mettent à chanter comme dans une procession, seule la guitare de  Juhani Silvola est rongée par un archet perturbateur. Le sax soprano rappelle les grillons, les violons sillonnent le morceau, tous oiseaux de mauvais augure ou plutôt alerteurs. Le violon d’Hans reprend la mélodie grave et en trouve les plus sensibles accents suivi par l’accordéon. Tous entonnent la ritournelle, les harmoniques  se tressent entre elles avec une beauté remarquable.

Par Anne Maurellet, photos Alain Pelletier (alias tamkka)

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