Jeudi 11 décembre 2025 au Rocher de Palmer (Cenon)

© Géraldine Gilleron

 A capella pour commencer, la puissance et la finesse, dans un corps généreux, offert à la musique.

 Elle se met au piano. 

Sarah est un théâtre d’émotion, la voix s’étend comme des horizons colorés -mettez de la couleur, des rouges profonds-, une vie dans la vie, une plainte, l’expérience, fragilité et espoir, ainsi associés à une forte sensibilité. 

Les vibrations de la vie traversent sa voix, sa maman lui a dit que l’amour viendrait, elle pense que non. La vie est un cri déchirant…

C’est un personnage Sarah McCoy, tous les moments de l’existence, et même le matin devant le miroir, sont autant d’interrogations mais aussi matière, nourriture pour la création, origine d’une poésie. Sometimes you lose. Maquillage et costume à paillettes, une armure brillante pour une pudeur intense que le chant et la musique libèrent. Elégance et sensualité profonde se mêlent, puis, il y en a des abîmes qu’elle remplit de plaintes, de demandes, d’un espoir désespérant. On y plonge, fascinés par la richesse des émotions.

Que dire de cette Boogie(wo)man, sous le lit d’un beau gosse, qui crie, puis susurre la passion, les fantasmes, désir halluciné, un monde fellinien ! Elle s’approprie la soul et le blues dans une extrême féminisation. Sa voix s’étend en vagues solides jusqu’à leur écrasement prolongé, laissant l’écume se répandre violemment ou doucement, c’est selon, sur un sable épuisé.

Elle me manque. God prend des notes, dit-elle !… La naïveté lui manque, so cute, qui est partie, la chanson tout en tendresse fond. Nostalgie de l’élan perdu, et pourtant si présent en elle par la création. L’exigence de la composition en est peut-être la raison, mais cette pulsion en est peut-être le moteur. L’authenticité de cette femme est incommensurable.

« A 4h du matin, elle réclame tout ce qu’elle prête ». Il y a quelque chose de l’ordre d’une prière à l’existence, aux souffrances, aux incompréhensions et  aux impuissances qu’elle engendre.

Son extraversion sporadique est une protection, le filtre de ce qu’elle ressent. Une mélancolie, mais un curseur psychotique absolument délicieux. La vie sensible à fond !

Nous sommes nés cassés, Sarah en est persuadée pour ce qui la concerne, mais sa maman est la seule qui peut comprendre. Croyez-moi ce Mamma’s song déchirant, ça nous émeut, les accords harmonieux sont une supplique. Sarah nous avait dit avant le concert vouloir retrouver la soul pure.

SI vous frissonnez, c’est tant mieux, vous êtes encore vivant. Elle sait nous le rappeler à travers ses chansons. Une longue prière universelle, une quête. 

Jusqu’aux entrailles.

L’angoisse de la page blanche, avait-elle précisé, et pourtant, que de livres remplis, ouverts.

Quant à la chanson pour l’ami qui a eu une semaine de m., tant de tendresse dans la voix pour offrir de la lumière éclaire même le public.

Les arpèges de la chanson de la mort possèdent la gravité de l’inéluctable finalement réparateur pour Sarah. Il y aura donc une issue…peut-être effrayante, mais salvatrice !

Sarah McCoy humaine, trop humaine, généreusement humaine.

Par Anne Maurellet
Photo Géraldine Gilleron